L'Angleterre a officiellement lancé, ce samedi, une expérimentation visant à mettre un terme au chiquage dans le football. Lors des rencontres de la National League, le cinquième niveau du football anglais, un chronomètre à décompte est désormais affiché dans les stades pour chaque remise en jeu.
Le dispositif, dévoilé en début de semaine par la Fédération anglaise, est le fruit de deux ans de travail avec des chercheurs en sciences du sport. Il a été validé par l'International Football Association Board (IFAB), qui autorise les championnats à expérimenter des règles visant à améliorer le spectacle.
Le chiquage, un fléau du football moderne
Les pertes de temps sont devenues une stratégie à part entière. Des équipes mènent au score et multiplient les arrêts de jeu : gardiens qui traînent, joueurs qui se placent maladroitement sur chaque coup franc, simulations de blessures, lenteur à revenir au terrain. Selon la FIFA, lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, le ballon n'est resté en jeu que 54 minutes en moyenne par match, soit seulement 60% du temps réglementaire.
Le football a pris conscience du problème. En 2017, l'IFAB avait déjà testé un temps de jeu effectif de 60 minutes en direct, mais l'idée avait été abandonnée face à l'opposition des diffuseurs. La méthode choisie par l'Angleterre est plus ciblée.
Un test grandeur nature dans la cinquième division
Le championnat de National League, qui réunit des clubs semi-professionnels, sert de laboratoire. Les stades sont équipés d'écrans supplémentaires dans les quatre coins, ainsi que d'un bandeau lumineux à proximité du point de remise en jeu. Le chronomètre est également visible sur les diffusions en streaming des matches.
Les règles du test sont simples :
- Le décompte est visible par tous, joueurs et public
- Huit secondes pour une touche, un corner ou un coup franc
- En cas de dépassement, l'équipe perd le ballon
- Pas de carton jaune, pour ne pas punir deux fois
Les premiers matches disputés selon ce protocole montrent une augmentation immédiate du temps de jeu effectif. Le rythme est plus soutenu. Les coups de pied de réparation sont rendus plus rapidement, les simulations de blessure disparaissent.
Comment fonctionne le test anglais ?
Concrètement, chaque arrêt de jeu déclenche le décompte sur les écrans géants. L'arbitre dispose d'un sifflet électronique relié au système. Si l'équipe ne remet pas le ballon en jeu dans le temps imparti, elle subit une perte de possession au profit de l'adversaire, avec un coup franc indirect.
Le test concerne un nombre limité de rencontres de la National League jusqu'à la fin de la saison. La Fédération anglaise souhaite évaluer l'impact sur le rythme du match, le nombre de fautes et le temps de jeu effectif. Une première évaluation est prévue dans quelques mois.
Vers une adoption en Premier League ?
Dans les travées des clubs, l'initiative provoque la curiosité. Les joueurs devront s'adapter à cette nouvelle contrainte. Malgré les réticences, la FA espère que ce test convaincra l'IFAB d'autoriser une expérimentation plus large dans d'autres championnats européens dès la saison prochaine.
Les supporters, eux, sont plutôt favorables selon des enquêtes locales. L'objectif final est de porter le temps de jeu effectif à au moins 60 minutes, contre 54 aujourd'hui. Un gain de six minutes qui pourrait sembler modeste, mais qui représente une hausse d'environ 10% du jeu réel.
Certains observateurs redoutent que le chronomètre favorise encore plus les équipes qui veulent attaquer et décourage le bloc bas. Le temps de jeu supplémentaire profite surtout aux équipes dominantes, disent-ils. D'autres estiment que le football doit s'inspirer du basket, où le chronomètre fait partie intégrante du jeu.
En attendant, les joueurs de National League vivent une petite révolution. Après tout, il n'y a pas de grand changement sans expérimentation.



