Paul Seixas : la révélation précoce du cyclisme français
Paul Seixas : la révélation précoce du cyclisme français

On ne sait pas encore exactement jusqu'où ira Paul Seixas. Le jeune prodige français de 19 ans, qui vient d'éclabousser la Flèche Wallonne de son talent, n'en finit pas de brûler les étapes et va se présenter, dimanche au départ de Liège-Bastogne-Liège, dans la peau d'un rival crédible de Tadej Pogacar. Mais si la réputation du phénomène a commencé à atteindre le grand public la saison dernière, le monde du cyclisme savait depuis un peu plus de trois ans qu'un Français au potentiel « intéressant » arrivait dans le paysage.

C'est ainsi qu'il s'était présenté en mai 2023 au départ du Tour de Gironde international juniors. Alors première année dans la catégorie, il avait déjà été repéré et figurait dans l'effectif de l'équipe AG2R juniors pour disputer les plus belles épreuves du calendrier national et international. Mais en Gironde, le jeune homme n'avait pas été retenu par Alexandre Paco, le directeur sportif de la formation chambérienne, un choix tactique davantage qu'une mise à l'écart liée à son niveau du moment.

Deuxième à Cenon

Seixas était venu sous les simples couleurs de son club de Villefranche-Beaujolais, tandis que l'Australien Oscar Chamberlain et le champion de France juniors de l'époque, Antoine L'Hote, portaient, eux, la célèbre tunique des pros. Ils ignoraient alors qu'ils deviendraient plus tard les équipiers d'un Seixas devenu l'un des tout meilleurs coureurs du monde : L'Hôte était même mercredi 22 avril l'un des soutiens du Français sur la route de son succès au sommet du mur de Huy.

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Le Tour de Gironde, prestigieuse épreuve organisée par l'US Villenave-d'Ornon (un chrono et deux étapes en ligne) proposait un plateau très relevé mais correspondait davantage à de robustes routiers-sprinteurs qu'à un grimpeur de 16 ans, d'apparence encore frêle comme Seixas. Ce dernier avait pourtant terminé le contre-la-montre entre Saint-Denis-de-Pile et Guîtres à une correcte 15e place. Mais c'est l'après-midi, à Cenon, dans une arrivée pour puncheurs, qu'il allait afficher ses promesses, en venant signer une deuxième place, au sprint, derrière le grand favori, le puissant Belge Sente Sentjens, alors en transit vers la réserve d'Alpecin-Fénix, l'équipe de Mathieu van der Poel. Au final, le Français était reparti avec une septième place au général final, le maillot de meilleur jeune (junior première année), la deuxième place au classement des grimpeurs et, pour tous les initiés, déjà une belle impression de fiabilité.

Déjà un phénomène

Alexis Champion, l'actuel champion de Nouvelle-Aquitaine Elite, se souvient très bien de ce week-end-là. « C'était ma première grande course, internationale, bien organisée. Seixas ? Ce n'était pas celui qui nous impressionnait le plus. Sentjens était vraiment costaud, et il roulait déjà sur le même vélo que van der Poel… Antoine L'Hote avait aussi la classe dans son maillot de champion de France. Mais on savait tous que Seixas était un phénomène, on nous le rabâchait. Il ne payait pas de mine, mais il était déjà très efficace. Sa deuxième place à Cenon en disait déjà beaucoup sur son potentiel, surtout pour un junior première année. »

Bien placé, intelligent

Hugo Duclos-Lassalle, qui portait alors les couleurs de l'US Villenave, le club organisateur, avait déjà entendu parler du Lyonnais avant le Tour de Gironde. « Son titre de champion de France cadets, deux ans plus tôt, avait marqué les esprits. C'est rare de gagner dans cette catégorie en première année… Sur la course, il avait été fidèle à ses habitudes, assez offensif. Il courait toujours bien placé, intelligemment. Je l'ai recroisé ensuite, pendant nos deux saisons juniors. Il a toujours été dominant. Quand il était là, on savait qu'il avait de fortes chances de gagner, mais il n'écrasait pas autant qu'aujourd'hui. On sent qu'il a vraiment développé et optimisé toutes ses qualités. »

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Pour Maxime Panche, le Girondin qui court aujourd'hui en élite sous les couleurs de Ruffec Top 16, le constat est à peu près le même. « On le connaissait déjà par ses résultats, il avait une réputation prometteuse. Mais je l'avais recroisé quelques jours plus tard sur la Classique des Alpes juniors, et là, c'était autre chose… » Le Français n'avait été battu que par un autre phénomène, le Belge Jarno Vidar. Un an plus tard, il reviendrait sur la même épreuve pour l'écraser et finir avec plus de 4 minutes d'avance sur le deuxième.

Quelle que soit la suite pour Paul Seixas, une chose est donc certaine, personne ne pourra lui reprocher de sortir de nulle part… Après deux ans d'interruption, le Tour de Gironde Fédéral juniors aura lieu cette année les 16 et 17 mai.