Gaël Fickou, le trois-quarts centre international français (32 ans, 98 sélections), a officiellement rejoint le Rugby Club Toulonnais en juillet 2026, quatorze ans après son départ pour Toulouse. Un retour très attendu par les supporters varois, qui voit en lui l'enfant du pays revenu pour « entretenir la flamme ». Arrivé du Racing 92 pour un contrat de deux saisons, le natif de La Seyne-sur-Mer s'est confié à Var-matin sur les coulisses de ce transfert surprise.
Un retour aux sources après une longue absence
« C'est vrai que le temps a passé. Je n'avais pas encore vu ces infrastructures. L'évolution est impressionnante. Quand je suis parti, on était dans des préfabriqués », a déclaré Fickou, visiblement impressionné par le Campus RCT. Malgré les années passées loin de la région, le joueur assure n'avoir « jamais vraiment quitté » la région, y revenant régulièrement l'été et à Noël. Une acclimatation rapide, facilitée par la présence de nombreux anciens coéquipiers dans le vestiaire, comme Baptiste Serin, dont il est très proche depuis ses 15 ans.
« Je suis aussi content de regoûter à cette nouveauté, cette folie qui est là quand on change de club. Ça crée une émulation », a-t-il ajouté, soulignant l'énergie positive générée par la présence des supporters au bord de la rambarde du Campus dès son arrivée.
Pierre Mignoni, l'artisan du retour
Le rôle de Pierre Mignoni, manager du RCT, a été déterminant dans ce transfert. « Il a toujours voulu que je revienne. Là, il a su me convaincre. C'est un mec d'ici, comme moi. Il a cette identité, ces valeurs », a expliqué Fickou. Les deux hommes, très proches, ont longuement échangé avant de concrétiser ce « pari ». « J'ai toujours été très proche de Pierre. On discutait énormément. Et c'est devenu concret à partir du moment où on a tous les deux pris la décision de faire ce pari », a-t-il révélé.
« Ces couleurs m'ont toujours été chères. J'ai toujours été derrière l'équipe. Et je suis très fier aujourd'hui de pouvoir porter ce maillot. Je ne pensais peut-être pas le faire dans ma carrière pro », a-t-il confié, visiblement ému.
Un choix de vie, de cœur et de carrière
Ce retour est avant tout un choix de vie pour le joueur, qui retrouve sa famille et ses proches. « Ça faisait quatorze ans que j'étais parti loin de chez moi. Même plus, car j'avais 16 ans quand j'étais au pôle France, à Paris. Là, revoir mes proches au quotidien, passer des moments avec eux, c'est très plaisant », a-t-il expliqué. Il évoque également la solitude des joueurs loin de leur base : « Quand tu perds le dimanche soir, que tu rentres chez toi et que tu es solo dans ton appartement, c'est moins facile. La vérité, c'est que pour une fois, je suis entouré de ma famille. Mes petits neveux se foutent du rugbyman. Eux voient juste le tonton. Et ça, ça fait du bien. »
Sur le plan sportif, Fickou assume ce pari : « Le seul risque que je prends, c'est d'être mauvais et de me faire critiquer. Mais ça, c'est la vie. Ce n'est pas très grave non plus. Ce qui est essentiel, c'est de donner du plaisir aux supporters et d'aider l'équipe. » Il se dit convaincu par le projet : « Je crois beaucoup en l'émulation. Je crois beaucoup au renouveau, aussi. Quand tu es longtemps dans un club, tu as tendance à ne plus produire les petits efforts que tu faisais au moment d'arriver. »
Un joueur transformé par l'expérience
Interrogé sur ce qui a changé entre l'adolescent parti à l'aventure et l'homme qui revient, Fickou met en avant la maturité : « Avec le temps, tu apprends à te connaître. Tu apprends aussi le rugby d'une autre manière. Je perçois ce sport totalement différemment. Il y a quatorze ans, je prenais le ballon, j'essayais de courir le plus vite possible et de ne pas me faire rattraper. Désormais, je vois le rugby comme un jeu d'échecs, une stratégie d'usure. » Il ajoute : « En tant qu'humain, je suis affirmé. Je sais qui je suis, le rôle que j'ai, ce que je peux apporter. Je connais mes forces et mes fragilités. »
Retour sur son départ de 2012
L'occasion de cet entretien a permis à Fickou de revenir sur sa mutation marquante vers Toulouse en 2012, alors qu'il n'avait que 18 ans. « L'histoire est très simple. À l'époque, le RCT faisait beaucoup jouer les étrangers, les joueurs confirmés, les stars internationales. J'étais très loin dans la hiérarchie. J'aurais beaucoup moins joué. Au vu de l'ambition que j'avais de performer très tôt, j'ai choisi de partir », a-t-il expliqué. Un choix qu'il assume pleinement : « Ce choix, il n'y a pas à le contester. Je me suis régalé là-bas. Je pense que c'était le mieux pour m'épanouir et avoir la carrière que j'ai. Même si je sais que ça ne fait pas plaisir aux supporters, si c'était à refaire, je referais la même chose. La vérité est celle-ci. Je ne regrette rien. Et aujourd'hui, je suis là, prêt à tout donner pour Toulon. »
Des attentes élevées pour la saison à venir
Avec ce retour, Fickou sait que les attentes sont immenses, tant de la part des supporters que du club, qui vient de vivre une saison décevante. « Tout le monde nous attend après la saison dernière. Tout le monde attend l'équipe, mais tout le monde attend aussi l'international qui rentre au pays », a-t-il reconnu. Il aborde cette pression avec sérénité : « Assez simplement. Je ne suis pas quelqu'un qui se prend la tête. Je sais que les supporters ont beaucoup d'attentes autour de moi et du club. De mon côté, je vais essayer de donner le meilleur et de me régaler sur le terrain pour que tous les Toulonnais soient fiers. Le but, c'est ça. Gagner des matchs. Performer. Prendre du plaisir. Et en donner énormément. »



