Une interdiction historique en Australie
Le Parlement australien a adopté une loi historique interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Cette mesure, saluée par des associations de protection de l'enfance, vise à protéger la santé mentale des adolescents, de plus en plus exposés aux risques de cyberharcèlement, de troubles du sommeil et de dépendance.
Selon une étude citée par le gouvernement australien, 65 % des jeunes de 12 à 15 ans déclarent avoir été exposés à des contenus nocifs en ligne. La loi prévoit des amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (environ 30 millions d'euros) pour les plateformes qui ne respecteraient pas l'interdiction.
Un "premier pas sanitaire" selon les experts
Pour le Dr. Jean-Michel Lecerf, psychiatre spécialiste des addictions numériques, cette interdiction est "un premier pas sanitaire nécessaire mais insuffisant". Il explique : "Les réseaux sociaux sont conçus pour capter l'attention, créant une dépendance comparable à celle des jeux d'argent. Protéger les plus jeunes est urgent, mais il faut aller plus loin."
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de limiter le temps d'écran à une heure par jour pour les enfants de 5 à 12 ans. Pourtant, en France, les adolescents passent en moyenne 3 heures par jour sur les réseaux sociaux, selon une enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Vers une régulation européenne ?
La Commission européenne planche actuellement sur un projet de régulation des plateformes numériques, le Digital Services Act (DSA), qui pourrait inclure des mesures similaires. "L'Australie montre la voie, mais l'Europe doit agir collectivement pour éviter que les jeunes ne soient exposés à des contenus dangereux", déclare Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence.
En France, une proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été déposée à l'Assemblée nationale. Le texte, soutenu par plusieurs députés de la majorité, prévoit un contrôle parental renforcé et des sanctions pour les plateformes.
Des critiques sur l'efficacité de la mesure
Cependant, certains experts doutent de l'efficacité d'une simple interdiction. "Les jeunes contourneront facilement les barrières techniques, comme ils le font déjà pour les sites pornographiques", estime Caroline Martin, chercheuse en sociologie du numérique à Sciences Po. "Il faut plutôt éduquer aux usages et responsabiliser les plateformes."
La loi australienne prévoit une exemption pour les messageries privées comme WhatsApp ou Signal, ce qui pourrait créer une faille. Les associations de défense des droits numériques, comme la Quadrature du Net, dénoncent une mesure liberticide qui ne s'attaque pas aux causes profondes de la dépendance.
Un enjeu de santé publique
Pour les défenseurs de la loi, l'urgence sanitaire justifie des mesures fortes. "Les réseaux sociaux sont un facteur aggravant de l'anxiété et de la dépression chez les adolescents", rappelle le Dr. Lecerf. "Une étude de l'Université de Cambridge a montré que les jeunes qui passent plus de 3 heures par jour sur les réseaux sociaux ont un risque accru de 60 % de développer des symptômes dépressifs."
En attendant une régulation européenne, l'Australie fait figure de pionnière. La loi entrera en vigueur dans 12 mois, laissant le temps aux plateformes de s'adapter. D'ici là, d'autres pays pourraient emboîter le pas, comme le Royaume-Uni, qui envisage une mesure similaire.



