Couches pour adultes : le témoignage de Mathieu, 25 ans
Couches pour adultes : le témoignage de Mathieu

À 25 ans, Mathieu* a un secret bien gardé : il porte régulièrement des couches, en solitaire, chez lui. Une pratique qu'il assume difficilement, par peur du jugement, mais qui lui procure un sentiment de réconfort et de sécurité. Son témoignage, recueilli par nos soins, met en lumière une pratique méconnue, l'ABDL, et les défis quotidiens auxquels sont confrontés ceux qui en sont adeptes.

Une attirance née à 10 ans

Mathieu a découvert son attirance pour les couches à l'âge de 10 ans, sans pouvoir en expliquer l'origine. « Je me demandais si j'étais normal, si d'autres personnes étaient comme moi », se souvient-il. Ce n'est que plusieurs années plus tard, en effectuant des recherches sur Internet, qu'il découvre le terme « ABDL ». Cette pratique regroupe les Adult Babies (adeptes de jeux de rôles régressifs) et les Diaper Lovers (personnes appréciant le port des couches).

Désormais, Mathieu porte des couches « une à deux fois par semaine ». Il apprécie l'aspect « cocooning » de l'objet : odeur, texture, motifs… « Je m'y sens bien, comme dans une bulle », confie-t-il. S'il lui arrive de porter un body et une tétine, il précise qu'il n'affectionne pas particulièrement les jeux de rôle bébé/adulte, et que les sensations ne sont pas systématiquement sexuelles.

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Une pratique mal comprise et jugée

Ce jardin secret, qu'il soit sexuel ou non, Mathieu ne le partage que sur Internet, en anonyme, sur les réseaux sociaux ou des forums dédiés. Ses proches ignorent tout de cette attirance. « Je n'en ai jamais parlé à des gens que je connais, principalement à cause de la peur du jugement », explique-t-il, regrettant que ce désir soit « moins acceptable » que d'autres.

Morgane Beauvais, sexologue et sexothérapeute, rappelle que « beaucoup d'adultes apprécient de se mettre ponctuellement dans un cadre cocooning sans que cela soit associé à un kink ». Pour elle, la honte ressentie par les adeptes de l'ABDL « vient de la peur d'être découvert, moqué, jugé et catégorisé comme potentiel pédophile alors que cette attirance ne concerne en aucun cas les enfants mais se pratique en solitaire ou entre adultes consentants ».

En couple, un secret difficile à révéler

Cette peur du jugement a des conséquences concrètes dans la vie amoureuse de Mathieu. Lors d'une relation de trois ans et demi avec une femme, il n'a jamais osé lui parler de son besoin de porter des couches, même après avoir emménagé ensemble. « J'ai été obligé d'évoquer le sujet des couches, mais j'ai préféré lui dire qu'il s'agissait d'un problème d'énurésie et non d'une forme de fantasme », avoue-t-il.

La sexothérapeute confirme que le fétichisme des couches « peut affecter durablement les couples », que ce soit sur la différence de désir ou dans l'échange. Une partie de ses patients « peinent à en parler à leur partenaire », ce qui mène régulièrement à la rupture.

Un avenir en couple, avec ou sans couches

Aujourd'hui célibataire, Mathieu espère pouvoir partager son attirance avec une future conjointe, « mais sans jamais lui imposer ». Il ne considère pas le port de la couche comme une « condition sine qua non » pour son plaisir sexuel. Pour lui, une relation épanouie reposerait sur la compréhension et l'acceptation de sa pratique par sa partenaire.

Ce témoignage illustre la complexité de vivre avec une attirance jugée socialement inacceptable, et l'importance du dialogue et de l'acceptation de soi. *Le prénom a été modifié.

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