Dans les années 1990, l'historienne américaine Margaret Rossiter a mis en lumière un phénomène persistant : les femmes scientifiques sont souvent dépossédées de leurs découvertes et invisibilisées. Elle a baptisé ce phénomène « l'effet Matilda », en hommage à Matilda Joslyn Gage, une féministe du XIXe siècle dont la vie mérite d'être racontée.
Une jeune oratrice audacieuse en 1852
À 26 ans, Matilda Joslyn Gage est la plus jeune participante de la troisième Convention pour les droits des femmes, qui se tient à Syracuse, dans l'État de New York, en 1852. À cette époque, les Américaines sont exclues de tous les pouvoirs et vivent corsetées dans un carcan d'injonctions et d'interdits sexistes, à commencer par l'interdiction de prendre la parole en public.
Malgré un trac maladif, la jeune inconnue galvanise les suffragistes par un discours d'une audace remarquable. Elle réclame le droit de vote, mais aussi l'égalité des droits et l'autonomie dans tous les domaines. Son intervention marque les esprits et contribue à la dynamique du mouvement pour les droits des femmes aux États-Unis.
Une reconnaissance tardive mais essentielle
Le nom de Matilda Joslyn Gage était devenu invisible, tout comme les contributions de nombreuses femmes en science. C'est précisément ce que Margaret Rossiter a voulu corriger en popularisant le terme « effet Matilda » dans les années 1990. Ce concept décrit comment les découvertes féminines sont souvent attribuées à des collègues masculins ou tout simplement ignorées.
L'hommage rendu par Rossiter à Gage n'est pas anodin : il souligne l'importance de reconnaître les figures féminines pionnières, souvent effacées de l'histoire. Comme le rappelle l'historienne Michelle Perrot, de tous temps, les femmes ont été confrontées à cette invisibilisation systématique.
Un héritage toujours d'actualité
L'effet Matilda reste un outil conceptuel majeur pour analyser les biais de genre dans le monde scientifique. Il permet de comprendre pourquoi certaines découvertes sont attribuées à tort à des hommes, et pourquoi les femmes doivent souvent lutter davantage pour voir leurs travaux reconnus.
La vie de Matilda Joslyn Gage, marquée par son engagement précoce et sa détermination, illustre parfaitement ce phénomène. Aujourd'hui, son nom est enfin remis en lumière grâce aux travaux de Rossiter et à la persistance des chercheuses et chercheurs qui continuent de documenter ces inégalités.



