Les trésors cachés du garde-meuble des Petits Frères des pauvres
Trésors cachés des Petits Frères des pauvres

Il faut savoir qu’il est là. Planté quelque part en banlieue parisienne, au cœur d’une zone industrielle sans éclat, entre hangars fatigués, travailleurs invisibles, potagers bricolés, poulaillers de fortune et carcasses de voitures éventrées à ciel ouvert. Un paysage de marges, fait de débrouille et de magouilles. Au milieu de ce décor sans prestige surgit un bâtiment qui ne paie pas de mine. Pourtant, derrière ses murs, dorment des trésors. Commodes d’époque, bronzes anciens, tableaux, bijoux, collections rares : des objets venus de toute la France, confiés au fil des successions, des legs et des donations. Bienvenue dans le garde-meuble des Petits Frères des pauvres.

Christophe Scheire, responsable de la gestion des dons en nature, avance entre les rangées d’un pas tranquille, habitué au désordre apparent. « C’est un bazar organisé », dit-il d’emblée. « Parfois, nous sommes obligés de vider des successions avant d’avoir toutes les autorisations administratives. Les meubles sont mis sous caisses. Et quand les papiers arrivent, on vide, on trie, on fiche avec des codes-barres. »

Un Christ, du sang coulant de son sein

Les objets sont répartis en trois flux. D’abord, ce qui ira directement aux personnes accompagnées par l’association : électroménager, ustensiles, objets du quotidien. Ensuite, ce qui alimentera les brocantes. Et enfin, ce qui passera en vente : soit à prix marqué, soit aux enchères. Christophe s’arrête devant des objets qui ont de l’allure. « Là, on a eu la succession d’un antiquaire. » Plus loin, des meubles alignés attendent la prochaine vente. Contre un mur, des tableaux, des glaces, des miroirs. L’un d’eux retient le regard : un Christ, du sang coulant de son sein. « Celui-là est encore en cours d’expertise. C’est sûrement une école française, voire espagnole, qui daterait du XVIIe siècle. Pour l’instant, elle est estimée entre 5 000 et 10 000 €. »

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Un bracelet Chaumet estimé à 10 000 euros

Sur les étagères : des tapis, des luminaires, des chaises. La semaine dernière, les experts ont travaillé sur un lot de jouets anciens. Des maquettes, dont une réplique du paquebot France, des avions miniatures, un vieux jeu de badminton encore dans sa boîte. Christophe s’arrête sur un petit personnage. « C’est un nain Disney de 1938, un des premiers modèles. L’expert l’a estimé à 600 €. » Depuis vingt-huit ans chez les Petits Frères des Pauvres, Christophe ne cesse de s’étonner de la générosité des gens. « Même en cette période, qui est quand même compliquée. » Il raconte une journée d’expertise à Lille. Une femme arrive avec plusieurs objets, dont une belle montre en or. Elle n’a aucune idée de ce qu’elle vaut. Le commissaire-priseur l’estime à 3 000 €. La femme n’en revient pas. Elle préfère la garder. Mais il y a l’autre versant. « On a eu un don, pas très longtemps après, un bracelet Chaumet, estimé à 10 000 euros. La personne nous l’a donné en connaissance de cause. Parfois, on peut avoir de très belles surprises. »

Transmission et réduction d’impôt

Le 1er avril, Olivier, 51 ans, originaire de Lille, est venu déposer sa collection de timbres. « Elle traînait dans un placard. Une collection d’enfance, commencée quand j’avais 8 ou 10 ans. Même si ça ne vaut que 50 euros, ça fera toujours 50 euros pour les Petits Frères des pauvres. » Dans ce qu’il raconte, il y a l’idée d’une circulation retrouvée. « Des choses qui dormaient retrouvent de la valeur, passent dans d’autres mains. Quelqu’un d’autre peut se lancer. Et en plus, ça aide des personnes âgées. Je trouve ça génial. »

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Le don ouvre droit à un reçu fiscal, permettant une réduction d’impôt de 75 % du montant versé, dans la limite de 2 000 €. Au-delà, la ristourne passe à 66 %, dans la limite de 20 % du revenu net imposable, avec possibilité de report sur les cinq années suivantes en cas de dépassement. Les objets collectés seront vendus lors de ventes solidaires menées tout au long de l’année, ou lors de la grande vente aux enchères du 25 octobre 2026 au Pavillon Baltard, à Nogent-sur-Marne, organisée pour les 80 ans de l’association. « Et là, ça va être sur 2 200 mètres carrés. Donc on double la surface. Une journée entière de ventes aux enchères, c’est énorme », s’enthousiasme Véronique Desnoyers, directrice du développement des ressources.

En 2016, pour les 70 ans de l’association, le plus beau lot de la vente organisée à Drouot fut une pendule en argent signée Fabergé. Elle est partie pour un peu plus de 60 000 €. Cette année-là, certains bijoux et tableaux frôlèrent aussi les 20 000 €. Christophe se souvient de cette pendule. « Elle appartenait à l’arrière-grand-père de la donatrice, qui avait travaillé en Russie avant de la rapporter en France. La propriétaire ne s’en servait pas, n’en connaissait pas la valeur, la conservait comme une valeur sentimentale. Ce don fut une très grande surprise. »

Rendre hommage aux personnes qui nous ont fait ces dons

Au total, l’opération avait rapporté un demi-million d’euros. Sur une année, ces ventes génèrent entre 400 000 et 500 000 euros. Une somme modeste au regard des legs (40 millions d’euros) et des dons du public (18,5 millions d’euros). Mais l’enjeu est ailleurs. « C’est hyper important, déjà pour rendre hommage aux personnes qui nous ont fait ces dons, pour rester fidèles à notre tradition, et pour faire rayonner l’association autour des missions qui visent à briser l’isolement des aînés », souligne Véronique Desnoyers.

« Des fleurs avant le pain »

Chez les Petits Frères des pauvres, les ventes aux enchères remontent à l’origine même de la maison, au temps du comte Armand Marquiset, son fondateur. Aristocrate parisien, celui-ci sollicitait ses pairs pour faire vivre l’association et organisait des ventes de bienfaisance. « Pour nous, toutes ces ventes font vraiment partie de notre ADN », appuie Véronique Desnoyers. Marquiset portait une idée peu commune : donner aux plus pauvres non seulement le nécessaire, mais le plus beau. « Des fleurs avant le pain. » Dans les années 1950, il ouvre son château familial à ceux qui n’étaient jamais partis en vacances. D’autres maisons suivront, souvent venues de legs. On les appellera les « châteaux du bonheur ». Ils offrent davantage qu’une aide. Une respiration. Parfois, un émerveillement tardif, comme pour cette femme qui a vu la mer pour la première fois.

Vente aux enchères

Les Petits Frères des pauvres organisent une grande vente exceptionnelle et une vente aux enchères à l’occasion des 80 ans de l’association. Très vaste choix de bibelots, bijoux, tableaux, argenterie, meubles, vaisselle, verrerie, vêtements de marque, jouets anciens, ainsi que de collections (numismatique, philatélie, disques, livres, fonds d’ateliers, vieux papiers, etc.) sur plus de 2 000 m². L’occasion de marier chine et solidarité, au profit des personnes âgées les plus isolées. Les 24 et 25 octobre 2026 ; le 24 : de 10h à 19h / le 25 : de 10h à 18h ; Pavillon Baltard, 12, avenue Victor-Hugo, 94130 Nogent-sur-Marne. petitsfreresdespauvres.fr

Que valent vos objets ? Il est possible de demander une estimation gratuite en ligne – les commissaires-priseurs partenaires répondent sous 72 heures. Des journées d’expertise en présentiel sont également organisées partout en France. Le 6/05 à Marseille, le 20/05 à Cabourg, le 1/06 et le 15/09 à Paris, le 29/06 à Bordeaux, le 30/06 à Lyon. ventes.petitsfreresdespauvres.fr