Après avoir fui la Syrie et atterri à Montpellier puis à Sète, Manal, 61 ans, a créé sa micro-entreprise, transformant des pièces de monnaies anciennes de son grand-père en collection de bijoux. De son pays, qu'elle "adore", elle ne renie ni la culture, ni l'histoire. Elle a d'ailleurs conservé beaucoup de contacts sur place. Mais elle ne reconnaît pas "ce qu'il est devenu". Surtout, elle ne pouvait plus y vivre.
Un exil forcé après des années de harcèlement
Pendant 30 ans, Manal a été consultante en management d'entreprises pour de grandes firmes à Damas. Mais il y a trois ans, harcelée par le Hezbollah et ses sympathisants, alors très présents dans certains quartiers de la capitale, sa vie est devenue un enfer. "C'étaient des intimidations, des manques de respect, des pressions sur l'entourage, une intrusion à mon domicile… C'était insupportable. J'ai voulu porter plainte. La police m'a dit qu'elle ne pouvait rien faire", a-t-elle confié.
Manal, célibataire et sans enfants, qui n'a jamais fait de politique, a préféré fuir la Syrie. Elle a trouvé refuge chez sa sœur cadette, installée depuis dix ans à Montpellier. Elle bénéficie de la protection subsidiaire, une protection par l'asile attribuée à un étranger ne remplissant pas les conditions d'obtention du statut de réfugié. Hébergée quatre mois à Béziers et quatre autres par Solidarité urgence sétoise (SUS), elle a fini, il y a deux ans, par trouver un petit appartement en location HLM près du commissariat de Sète.
De la parole à l'action : la création de sa micro-entreprise
Avec l'aide du réseau La Ruche, elle est parvenue à monter sa micro-entreprise. Des pièces de monnaies syriennes anciennes et rares, que lui avait confiées son grand-père, elle décline une gamme de bijoux (bracelets, colliers…) plaqués or, mêlant mémoire et savoir-faire artisanal. Alors qu'elle ne parlait pas un mot de français, la voilà certifiée A2.
"Aujourd'hui, je suis heureuse à Sète, et surtout en sécurité. Même si le Hezbollah a quitté Damas, je ne souhaite pas y revenir", a-t-elle déclaré.
Un accompagnement de neuf mois avec La Ruche
Réseau national d'incubateurs créé en 2008, La Ruche accompagne et soutient l'entrepreneuriat responsable et inclusif pour le rendre accessible à tous et favoriser une meilleure égalité des chances. Manal a été accompagnée dans le cadre du programme Tempo, créé en 2019 à Montreuil, puis étendu à Saint-Denis en 2020 et à Bordeaux, Marseille et Montpellier en 2025. Ce programme vise à offrir aux personnes bénéficiant de la protection internationale un accompagnement de neuf mois vers la création d'entreprise, comprenant des diagnostics individuels réguliers, des ateliers collectifs, des sessions de mentorat avec des professionnels expérimentés, ainsi que des interventions d'experts sur des thématiques entrepreneuriales (communication, juridique, commercial, finance, etc.).
Accordée en 2023, la protection subsidiaire de Manal prendra fin l'an prochain. Elle pense demander un renouvellement et espère obtenir une carte de résident de dix ans. Avec cette ambition : "commencer une nouvelle vie et gagner de l'argent par ses propres moyens pour ne dépendre que d'elle, sans dépendre des aides du gouvernement".



