Trois des cinq personnes mises en examen ce week-end en France pour des soupçons de fonds transférés au Hamas figurent sur une liste noire publiée par les autorités américaines, au terme d’investigations menées de Paris à Washington. Sont visés Faouzi B. (association « Baraka », en Gironde), son frère Nordine B., ainsi qu’Amel O. (association « Ensemble C Mieux », dans la Loire). D’après Washington et plusieurs éléments recoupés, ils auraient pris part pendant plusieurs années à un réseau ayant collecté plus de deux millions de dollars au profit de l’organisation palestinienne.
Des poursuites judiciaires pour financement d’entreprise terroriste
Tous trois font partie des cinq suspects poursuivis à Paris pour « financement d’entreprise terroriste, en l’occurrence le Hamas », « abus de confiance en bande organisée » et « blanchiment d’abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste ». Ces poursuites ont été confirmées samedi par le Parquet national antiterroriste (Pnat), qui n’a pas divulgué l’identité des mis en cause, à l’inverse des autorités américaines.
Les suspects contestent les accusations. Nordine B. a été laissé libre sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du PNAT. Son avocat n’a pas souhaité faire de commentaire. Le parquet a réclamé l’incarcération provisoire des deux dirigeants d’associations. Amel O. (39 ans) a toutefois été laissée libre « sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention, saisi par le juge d’instruction antiterroriste », a indiqué le PNAT.
Des collectes de fonds présentées comme humanitaires
« Ma cliente est engagée dans l’humanitaire, au soutien d’une population civile victime d’un génocide à Gaza, elle n’a aucun lien avec le Hamas », soutient son avocat sous couvert d’anonymat. Faouzi B. (35 ans) a été « incarcéré provisoirement dans l’attente d’un débat contradictoire différé qu’il a sollicité », précise le parquet. « Mon client a participé à des collectes de fonds dans un but exclusivement humanitaire, une détention serait scandaleuse », a réagi son avocate, Me Lucie Simon.
Les deux autres suspects mis en examen, dont l’identité n’a pas été communiquée, ont été laissés libres sous contrôle judiciaire, comme le demandait le parquet. Il leur est reproché d’avoir « par le truchement de deux associations, fait parvenir des fonds à un tiers, collecteur de fonds pour le compte du Hamas, ce qu’ils contestent », résume le PNAT. Interpellés mardi par la DGSI dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte le 21 avril, les cinq suspects ont été déférés à l’issue de leur garde à vue dans le cadre d’une information judiciaire.
Un réseau financier détaillé par Washington
Le service du ministère américain des Finances chargé des sanctions (OFAC) et le département de la Justice ont apporté vendredi de nouvelles précisions concernant Faouzi B. et Amel O. Tous deux « dirigent des prétendues associations caritatives censées collecter des fonds à des fins humanitaires pour venir en aide aux civils de Gaza », pointe l’OFAC. Le service américain affirme qu'« en réalité », les sommes étaient récupérées par le Hamas via un membre de sa branche armée basé à Gaza, Saleem al-Zaq.
« Au cours d’une période de six ans, de 2020 à 2026, Faouzi B., Amel O. et al-Zaq ont collecté plus de deux millions de dollars pour le Hamas, dont 1,5 million collecté après l’attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023 », assure l’OFAC. Les deux responsables associatifs auraient également « envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à al-Zaq », qui faisait la promotion de leurs collectes de fonds sur ses propres réseaux sociaux.
Des sanctions américaines aux effets concrets
Ces sanctions américaines entraînent le gel des avoirs éventuels des personnes visées aux États-Unis et imposent aux entreprises américaines (comme Mastercard) de rompre toute relation financière avec elles, sous peine de sanctions réciproques. Les personnes concernées se retrouvent ainsi privées de tout accès au système financier américain, ce qui complique leurs opérations internationales et renforce la pression judiciaire exercée en France.