Victoria Bel, auteure brignolaise de 57 ans, a cofondé le 15 juin dernier Maison Anthoria, une structure d'accompagnement dédiée aux auteurs indépendants. Son ambition est de créer un réseau où écrivains, libraires et lecteurs avancent ensemble, tout en faisant de Brignoles un futur rendez-vous de la littérature indépendante.
Une auteure engagée pour les autres
Dans son studio à Brignoles, les carnets s'empilent sur le bureau. Son troisième roman, fraîchement arrivé de l'imprimeur, attend encore d'être feuilleté. Pourtant, Victoria Bel préfère déjà parler d'autre chose : des libraires, des auteurs indépendants, des médiathèques ou encore de ce festival littéraire qu'elle rêve de voir naître à Brignoles. Ancienne sophrologue, l'écriture l'accompagne depuis l'enfance, mais c'est pendant la période du Covid qu'elle ose franchir le pas. « J'avais toujours dit qu'à la retraite, j'écrirais un roman. Mon mari m'a dit : "Pourquoi pas maintenant ?" », raconte-t-elle. Son premier ouvrage dépasse le millier d'exemplaires vendus sur Amazon. Deux autres suivront, dont le dernier est paru le 15 juillet.
Un modèle d'accompagnement innovant
Au fil des salons du livre, Victoria Bel découvre une autre réalité : « Beaucoup d'auteurs ont un talent incroyable, mais ils ne savent pas comment se montrer », affirme-t-elle. De cette réflexion naît Maison Anthoria, une maison d'accompagnement littéraire et éditoriale pour les auteurs indépendants au niveau national. Cofondée avec Jonathan Martin, Camille Ochat et Benjamin Rodriguez, tous auteurs, leur ambition n'est pas de devenir une maison d'édition classique, mais de soutenir les auteurs indépendants à chaque étape de leur parcours.
Relecture, bêta-lecture, correction, graphisme, communication ou présence sur les salons : une cinquantaine de bénévoles accompagnent aujourd'hui les auteurs de A à Z. La différence, selon Victoria Bel, se situe surtout dans la philosophie. Ici, les écrivains restent propriétaires de leurs œuvres, conservent leur liberté et peuvent quitter la structure à tout moment. Aucun contrat ne les empêche de publier ailleurs. « Beaucoup arrivent avec de la méfiance. Ils nous demandent : "Qu'est-ce que vous voulez en échange ?" », raconte-t-elle en souriant.
Un modèle économique alternatif
Maison Anthoria mise sur « un modèle économique différent ». Les libraires reçoivent les ouvrages en dépôt-vente, sans avoir à les acheter à l'avance. Ils conservent leur marge habituelle sur chaque vente, tandis que la structure ne prélève qu'une faible commission destinée à couvrir les frais logistiques. « On inverse le fonctionnement des grandes plateformes », résume Victoria Bel. L'objectif est de permettre aux auteurs de percevoir une part plus importante des revenus de leurs livres, tout en redonnant de l'activité aux librairies indépendantes.
Faire vivre les librairies et valoriser le territoire
Au-delà des livres, la structure propose également des animations, des rencontres avec les auteurs, des séances de dédicaces ou des ateliers d'écriture afin d'attirer de nouveaux lecteurs. « On ne veut pas seulement déposer des romans sur une étagère. On veut faire vivre les librairies », explique la Brignolaise. Une mission qu'elle mène avec une attention particulière pour son territoire. « Mon objectif, c'est de valoriser Brignoles et le Var », insiste-t-elle.
Son rêve, désormais, dépasse largement ses propres romans. Elle imagine Brignoles accueillir un grand rendez-vous consacré aux auteurs indépendants, où lecteurs, libraires et écrivains pourraient se rencontrer. « L'art n'est pas un champ de bataille. On doit se soutenir les uns les autres », répète-t-elle. Une phrase qui résume la philosophie de celle qui préfère aujourd'hui mettre sa plume au service des autres autant qu'au service de ses histoires.



