Le Roucous, lieu de vie et d'accueil situé près du hameau de Saint-Symphorien au Viala-du-Tarn, a adopté une nouvelle forme de propriété conforme à ses valeurs. Samedi 15 août 2026, une quarantaine de personnes ont assisté à la présentation du projet qui fait de ce terrain de 6,5 hectares et de ses bâtiments un bien commun, retiré du marché grâce au dispositif Antidote.
Un lieu historique tourné vers l'accueil et la solidarité
Depuis 1990, Le Roucous accompagne des jeunes en situation de handicap. Il dispose également d'un point accueil jeunesse et accueille des groupes pour des stages de cirque, des résidences artistiques, des colonies de vacances, des stages de formation, des rencontres et des colloques. L'association gestionnaire, Le Roucous, participe aussi à la vie du village et aux dynamiques interassociatives en mettant à disposition une partie de ses moyens matériels pour des événements culturels et festifs.
Depuis plusieurs années, la question de la pérennisation du lieu se posait, notamment celle de la nature de sa propriété. Didier Nuez, surnommé "Nunu", cofondateur et seul propriétaire du domaine, avait envisagé de céder le lieu à la mairie du Viala-du-Tarn ou de le vendre à l'association. Finalement, une autre solution a été retenue.
Le Roucous devient un commun via le fonds de dotation Antidote
Le Roucous est désormais un commun, c'est-à-dire un lieu retiré du marché grâce au dispositif Antidote, un fonds de dotation créé en 2019. Cédric Baranowski, membre d'Antidote, a présenté cet outil à l'assistance. "C'est un fonds de dotation, soit une structure entre association et fondation, créé en 2019", a-t-il expliqué. Les fonds de dotation sont issus d'une loi votée en 2008 à l'initiative de Christine Lagarde, alors ministre de l'Économie, visant à favoriser les montages capitalistiques via un dispositif de défiscalisation portant sur 66 % des dons. L'objectif de cette loi était de développer le mécénat pour répondre au désengagement de l'État dans le financement des services publics (santé, culture, éducation) et des associations.
Des militants associatifs ont utilisé ce statut pour rendre un bien inaliénable, sortant des lieux gérés collectivement de la propriété privée. Antidote soutient et fédère un réseau de sept autres lieux aux activités diverses (fermes, ateliers, habitats, espaces culturels). Il est lui-même soutenu par l'association les Passagères de l'usage.
Une gouvernance collective et démocratique
Pour Le Roucous, 17 personnes soutenant le lieu ont créé en février 2026 l'Association des lieux du Roucous (ADLR) pour en assurer la gestion. Les décisions sont prises au consensus, et en cas de vote, elles doivent recueillir 75 % des voix pour être adoptées. "Antidote se tient à l'écart de la gestion et de l'activité du lieu. Toutefois, elle reste vigilante quant au respect des principes communs à tous les lieux, ainsi qu'au respect de l'intérêt général", a précisé Cédric Baranowski. Si le groupe gérant le lieu le demande, Antidote peut l'accompagner pour gérer un problème.
Levée de fonds de 130 000 € pour la rénovation
L'autre partie de la présentation portait sur un projet de levée de fonds de 130 000 €. Ces fonds sont destinés à des travaux de rénovation du Roucous devant s'étaler sur trois ans, portant notamment sur le système de chauffage. Antidote recueillera les dons versés à cet effet.
Le public présent a posé des questions sur le fonctionnement de la nouvelle architecture juridique, mais aussi sur les risques liés à la bureaucratisation, à l'instrumentalisation et aux limites morales de l'acceptation de dons issus d'un mécénat soucieux de défiscalisation et d'image de marque. Il a été répondu que le système de gouvernance induit un fonctionnement collectif et démocratique. "Il n'y a pas de contrepartie possible et donc pas de dépendance à craindre", a ajouté un membre de l'ADLR.
L'aventure du Roucous continue avec cette nouvelle forme de propriété, permettant au lieu de se projeter dans son activité de lieu de vie et d'accueil, ainsi que dans sa vocation à favoriser des rencontres vecteurs de création, solidarité, partage, convivialité et démocratie.



