Prison : la France pourrait-elle louer des cellules à l'étranger ?
Prison : la France pourrait-elle louer des cellules à l'étranger

Pour la première fois, la Suède a transféré quatre détenus vers l'Estonie le 18 août 2026, pour un coût de 8 500 euros par mois et par prisonnier. La France pourrait-elle, elle aussi, louer des cellules dans d'autres pays pour lutter contre la surpopulation carcérale ? La question est ouvertement posée par l'exécutif, mais le droit français rend l'opération extrêmement complexe.

Un transfert réussi entre la Suède et l'Estonie

La Suède a conclu un accord avec l'Estonie pour y envoyer 300 détenus par an, pour un forfait de 30,6 millions d'euros. Les quatre premiers transferts ont eu lieu le 18 août 2026. Stockholm fait face à un taux de surpopulation carcérale de 140 %, comparable à celui de la France, selon France Info. À l'inverse, les prisons estoniennes, sous-remplies, perdent de l'argent. L'échange est présenté comme un échange de bons procédés par ses défenseurs.

"Après Adopteunmec.com voici la version Adopteundétenu.com. Est-ce bien sérieux de délocaliser le service public pénitentiaire ?", s'interroge un surveillant interviewé par Le Figaro. La démarche pose question : les détenus déplacés seront confrontés à d'autres conditions de détention que celles de l'État qui les a condamnés.

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Le droit français, un obstacle quasi insurmontable

"Depuis 1980, le droit français pénitentiaire est devenu totalement cosmique par rapport à la plupart des équivalents européens, et quasi inapplicable à l'étranger", explique un directeur de prison au Figaro. Les exigences françaises en matière d'accès au travail, à l'éducation, aux activités, de décence et de réinsertion sont presque incompatibles avec celles des voisins européens.

La réinsertion est au cœur de la vision française de la prison : protéger la société plutôt que punir, permettre la réintégration plutôt que d'exclure. Transférer des prisonniers condamnés en France, et sans doute vivant en France avant leur condamnation, rendrait leur réinsertion très difficile. S'ajoutent les visites auxquelles ils ont droit au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'Homme (CEDH), les difficultés à trouver un emploi ou l'accès aux magistrats et avocats pour discuter de leur peine.

Un changement de loi envisagé

Un proche du dossier français s'interroge, auprès du Figaro, sur un éventuel changement de la loi pour permettre des transferts. La Suède a modifié sa législation : face à l'explosion de la criminalité, Stockholm avait durci sa politique pénale à l'automne 2025. "La réhabilitation et la réinsertion étaient des piliers de notre système pénitentiaire, mais il est clair aujourd'hui que nous nous éloignons de ces principes", confiait au journal El País John Stauffer, directeur juridique de l'organisation suédoise Civil Rights Defenders.

En mai 2025, Emmanuel Macron avait évoqué cette possibilité après que le maire de Béziers Robert Ménard l'a interrogé au sujet de la délocalisation des détenus étrangers incarcérés en France. "Il n'y a pas de tabou là-dessus", arguait le Président. Plus tard, Gérald Darmanin avait affirmé : "C'est une solution que j'étudie et pour laquelle je n'ai pour le moment aucun contre-avis juridique", cite le JDD.

Des réserves et des questions en suspens

Interrogée au printemps dernier par Le Parisien, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté Dominique Simonnot estimait : "Cela ressemble à quelque chose pour faire face à une urgence qui commanderait de vider nos prisons. Ça me semble être une idée jetée en l'air…" L'idée est loin d'être enterrée, mais si elle voyait le jour, il faudrait déterminer comment l'appliquer, à quel coût et sous quelles conditions.

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