Le Rassemblement national (RN) progresse nettement dans la fonction publique. Selon une étude du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) publiée en août 2026, 42 % des agents publics auraient voté pour le RN aux dernières élections européennes, contre 34 % en 2022. Cette progression de huit points confirme une tendance de fond : le parti de Marine Le Pen séduit désormais une part importante de ceux qui incarnent l'État au quotidien.
Une progression qui touche tous les versants de la fonction publique
L'étude, réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 5 000 agents, montre que cette hausse concerne aussi bien la fonction publique d'État que territoriale et hospitalière. Les agents de catégorie C (employés et ouvriers) sont les plus séduits, avec 48 % de votes RN, contre 38 % en 2022. Les catégories B (techniciens) et A (cadres) suivent, avec respectivement 40 % et 35 %.
« Le vote RN dans la fonction publique n'est plus un vote marginal, il est devenu un vote de masse », analyse Luc Rouban, directeur de recherche au Cevipof et co-auteur de l'étude. Il ajoute : « Les agents publics ne se perçoivent plus comme les défenseurs d'un intérêt général, mais comme des salariés comme les autres, confrontés à la dégradation de leurs conditions de travail et à la baisse de leur pouvoir d'achat. »
Les motifs du vote : pouvoir d'achat et sentiment de déclassement
Les raisons invoquées par les agents pour justifier leur vote sont multiples. En tête, la perte de pouvoir d'achat, citée par 67 % d'entre eux. Viennent ensuite le sentiment de déclassement (58 %), la critique des réformes de l'administration (45 %) et l'insécurité (39 %). Les agents mettent en avant la hausse du point d'indice, jugée insuffisante, et la suppression de postes dans certains ministères.
« On assiste à un véritable basculement sociologique. Les agents publics, qui étaient historiquement un électorat de gauche, se tournent désormais vers le RN par dépit et par colère », explique Anne-Sophie Petit, secrétaire générale de la CGT Fonction publique. Elle précise : « Nos enquêtes auprès des agents confirment cette tendance, même si nous refusons de réduire ce vote à une simple adhésion idéologique. »
Des conséquences pour l'administration et les syndicats
Cette évolution inquiète les syndicats, qui y voient une remise en cause du modèle républicain de la fonction publique. « Le RN incarne un rejet de l'État, et pourtant ses électeurs sont de plus en plus nombreux parmi ceux qui font l'État. C'est un paradoxe qui doit nous interpeller », souligne Luc Rouban. Les syndicats appellent à un dialogue social renforcé et à des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail et le pouvoir d'achat des agents.
Du côté du RN, on se félicite de cette progression. « Les agents publics sont des citoyens comme les autres, ils souffrent des mêmes difficultés que l'ensemble des Français. Notre programme, qui vise à revaloriser les métiers du public tout en luttant contre la bureaucratie, répond à leurs attentes », déclare un porte-parole du parti, qui préfère rester anonyme. Le parti espère capitaliser sur cette dynamique pour les prochaines échéances électorales, notamment les élections professionnelles de 2027.
Cette étude du Cevipof, qui sera suivie d'une enquête qualitative auprès de 200 agents, devrait alimenter le débat sur l'avenir de la fonction publique. Elle intervient alors que le gouvernement prépare un projet de loi sur la transformation de l'action publique, qui doit être présenté à l'automne. Les syndicats entendent bien peser dans la discussion pour tenter d'enrayer cette hémorragie électorale.



