Le 9 mai 1978, le corps sans vie d'Aldo Moro est retrouvé dans le coffre d'une Renault 4, garée via Caetani à Rome, à mi-chemin entre les sièges de la Démocratie chrétienne et du Parti communiste italien. Cinquante-cinq jours après son enlèvement par les Brigades rouges, l'ancien président du Conseil italien est assassiné, marquant à jamais l'histoire de la République italienne.
Une vie dédiée à la politique italienne
Aldo Moro, né le 23 septembre 1916 à Maglie, dans les Pouilles, est issu d'une famille modeste. Brillant étudiant en droit, il devient professeur d'université avant de se lancer en politique. Il est élu député en 1946, participant à l'Assemblée constituante qui rédige la Constitution italienne. Membre influent de la Démocratie chrétienne (DC), il occupe plusieurs postes ministériels, notamment à la Justice et à l'Éducation.
En 1963, à 47 ans, il devient président du Conseil, le plus jeune de l'histoire italienne. Il dirige quatre gouvernements successifs, marqués par une ouverture à gauche, le célèbre « compromis historique » avec le Parti communiste d'Enrico Berlinguer. Cette stratégie vise à stabiliser l'Italie face aux tensions sociales et à la menace terroriste. Selon l'historien Giovanni De Luna, « Moro croyait fermement que la démocratie devait inclure toutes les forces politiques, même ses adversaires historiques ».
L'enlèvement et les 55 jours de captivité
Le matin du 16 mars 1978, Aldo Moro quitte son domicile romain pour se rendre à la Chambre des députés, où doit être voté le premier gouvernement soutenu par le Parti communiste. Via Fani, une voiture des Brigades rouges bloque sa Fiat 130. Les terroristes, armés de pistolets-mitrailleurs, abattent les cinq gardes du corps en quelques secondes, selon le rapport officiel de la police. Moro est emmené dans une « prison du peuple » aménagée dans un appartement du centre de Rome.
Pendant 55 jours, il est interrogé, jugé par un « tribunal du peuple » et soumis à un isolement total. Les Brigades rouges diffusent des photographies de lui, affaibli, et publient des lettres où il critique la ligne dure de son parti. Le gouvernement, dirigé par Giulio Andreotti, refuse toute négociation, malgré les appels de la famille et de personnalités comme le pape Paul VI. Le 18 avril, le pape écrit une lettre ouverte aux ravisseurs, les suppliant de libérer Moro, mais sans effet.
L'assassinat et les conséquences politiques
Le 9 mai 1978, après un simulacre de procès, Aldo Moro est exécuté de onze coups de feu. Son corps est abandonné dans une voiture, dans un geste symbolique destiné à humilier l'État italien. L'autopsie révèle qu'il est mort depuis plusieurs heures, probablement dans la nuit du 8 au 9 mai. Selon l'enquête du juge Ferdinando Imposimato, « les Brigades rouges ont voulu frapper au cœur de l'État, en tuant l'homme qui incarnait le dialogue ».
Cet assassinat provoque une onde de choc en Italie et dans le monde. Il renforce la détermination du gouvernement à lutter contre le terrorisme, conduisant à l'adoption de lois d'exception et à la création de l'unité antiterroriste des carabiniers. En 1982, la capture de nombreux dirigeants des Brigades rouges, dont Mario Moretti, met fin à la vague d'attentats. Aujourd'hui, Aldo Moro est considéré comme un martyr de la République, symbole des « années de plomb » qui ont ensanglanté l'Italie. Son héritage politique, le compromis historique, a influencé la vie politique italienne jusqu'à la dissolution de la Démocratie chrétienne en 1994.



