Jusqu'au vendredi 6 novembre 2026 à 17 heures, les habitants de Fréjus, Saint-Raphaël, Roquebrune-sur-Argens, Puget-sur-Argens et Les Adrets-de-l'Estérel sont invités à consulter le dossier de révision n°1 du Schéma de cohérence territoriale (SCoT) d'Estérel Côte d'Azur agglomération et à formuler leurs observations. Ce document stratégique fixe la feuille de route de l'aménagement du territoire pour les vingt prochaines années, avec des orientations majeures : freiner la croissance démographique, réduire de moitié les constructions, créer 2 400 emplois et protéger les espaces naturels.
Un coup de frein à la croissance démographique
Le territoire dépasse aujourd'hui les 120 000 habitants, avec une progression annuelle de 1,04 % entre 2013 et 2019. Le scénario retenu pour le nouveau SCoT ramène cette croissance à 0,3 % par an en moyenne sur vingt ans, soit environ 7 300 habitants supplémentaires à l'horizon 2046. Cette maîtrise démographique passe par une diminution de moitié des constructions : environ 530 logements par an, soit quelque 11 000 habitations supplémentaires envisagées. Près de la moitié d'entre elles (4 950) seront réalisées à Fréjus, 3 300 à Saint-Raphaël, 1 430 à Roquebrune, 1 100 à Puget-sur-Argens et 220 aux Adrets-de-l'Estérel.
Le développement d'une offre sociale et intermédiaire, davantage accessible aux jeunes ménages, aux actifs et aux travailleurs saisonniers, figure parmi les priorités affichées. Le défi consistera toutefois à éviter que ces programmes immobiliers se réalisent en extension de l'enveloppe urbaine actuelle. Ainsi, 88 % de ces logements devront être issus d'un renouvellement urbain et de la densification des zones déjà urbanisées.
Une sobriété foncière pour l'environnement
Outre la régulation démographique, le SCoT doit respecter la trajectoire Zéro artificialisation nette (ZAN) à l'horizon 2050, comme l'impose la loi Climat et résilience de 2021. D'ici à 2046, la consommation foncière est fixée à 171 hectares, dont une majorité (116 ha) au cours des dix prochaines années. Les documents prescrivent notamment la désimperméabilisation des nouveaux projets, la végétalisation des espaces publics, la création d'îlots de fraîcheur et le déploiement d'installations photovoltaïques sur les toitures et les surfaces déjà artificialisées.
Le SCoT entend également améliorer les mobilités en développant les transports collectifs et les déplacements doux. Il recommande de préserver les emprises nécessaires à une éventuelle réouverture des gares ferroviaires de Puget et Roquebrune. Par ailleurs, il estime que les liaisons maritimes, encore peu exploitées, représentent un levier pour désaturer les axes routiers.
Des zones d'activités pour soutenir l'emploi
Autre grande ambition de l'agglomération : créer un emploi pour trois habitants supplémentaires, soit environ 2 400 emplois sur 20 ans. Pour y parvenir, le SCoT prévoit de développer les zones d'activité économiques (ZAE), notamment autour des filières innovantes, créatrices d'un emploi sur trois d'ici 2046 selon le schéma établi. Des projets d'extensions et de requalification sont prévus, comme au Capitou, au Jas Neuf et aux Garillans, qui ont l'ambition d'accueillir des entreprises de l'économie numérique.
Côté commerces, la volonté est de privilégier les centres-villes et les commerces de proximité, tout en encadrant davantage les implantations périphériques. Le territoire n'est pas considéré comme une localisation préférentielle pour les grandes plateformes de logistique de plus de 5 000 m². Concernant l'agriculture, elle est présentée comme un pilier économique à préserver, notamment dans la plaine de l'Argens, avec un soutien aux circuits courts, à la transformation locale et aux filières agricoles.
Les réserves de l'État et des institutions
L'État et plusieurs institutions ont été consultés et ont pointé des insuffisances ou des contradictions à corriger. La préfecture alerte sur le logement social : le territoire présentait un déficit de 8 361 logements locatifs sociaux (LLS) en 2025 pour atteindre le taux légal de 25 %, tandis que les demandes de LLS atteignaient 7 325 dossiers en janvier dernier. Pour les services de l'État, l'objectif de 450 résidences principales par an ne suffit ni à répondre aux obligations de la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) ni aux besoins constatés. Ils recommandent d'augmenter les densités, de mobiliser les logements privés vacants et de privilégier les constructions sociales.
La Région Sud pointe les détournements d'usage des terres agricoles, particulièrement présents dans la plaine de l'Argens. L'Agence régionale de santé (ARS) regrette que le document n'aborde pas directement la prolifération des moustiques vecteurs de maladies comme la dengue, Zika ou chikungunya, dont un foyer d'infection avait éclos à Fréjus en 2025. La direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) s'interroge sur la pertinence d'anticiper l'implantation d'un nouveau site de stockage de déchets inertes dans l'Est-Var et relève une contradiction entre les objectifs de préservation des espaces naturels et le projet de création d'une zone d'activités aux Adrets-de-l'Estérel. Enfin, l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine (Udap) insiste sur la nécessité de privilégier la renaturation des carrières en fin d'exploitation, notamment dans le site classé du massif de l'Estérel.
L'enquête publique est ouverte jusqu'au vendredi 6 novembre 2026 à 17 heures. Les habitants peuvent consulter le dossier et déposer leurs observations sur le registre dématérialisé disponible en ligne. Le commissaire enquêteur tiendra plusieurs permanences, de 14 h à 17 h : mercredi 21 octobre à la mairie de Saint-Raphaël, mercredi 28 octobre à la mairie de Puget-sur-Argens, jeudi 29 octobre à la mairie d'honneur de Roquebrune-sur-Argens, et vendredi 6 novembre au siège d'Estérel Côte d'Azur Agglomération pour la dernière permanence, le jour de clôture. À l'issue de la consultation, les observations recueillies et l'analyse du commissaire enquêteur contribueront à éclairer la suite de la procédure.