Un vaccin nasal universel pourrait-il transformer la prévention des maladies respiratoires ?
La vaccination est-elle à l'aube d'une transformation majeure ? Alors que le sujet reste d'actualité depuis la pandémie de Covid-19, une publication récente dans la prestigieuse revue Science relance le débat autour de nouvelles méthodes d'administration des vaccins. L'immunologiste Bali Pulendran, de l'Université Stanford en Californie, y présente son projet ambitieux de vaccin nasal « universel ».
Une protection multiple contre les pathogènes respiratoires
L'innovation développée par Bali Pulendran repose sur deux principes fondamentaux. Premièrement, ce vaccin promet de protéger simultanément contre plusieurs agents pathogènes respiratoires très différents – incluant non seulement le Covid-19 et la grippe, mais également d'autres maladies respiratoires et même certaines allergies. Deuxièmement, il serait administré par simple pulvérisation nasale, ciblant directement la principale porte d'entrée des virus respiratoires dans l'organisme.
Le mécanisme diffère radicalement des vaccins traditionnels. Au lieu d'injecter une copie affaiblie ou inactivée du pathogène, ce nouveau procédé reproduit les signaux émis lors d'une infection naturelle. Cette approche stimule le système immunitaire de manière plus globale, entraînant l'organisme à répondre à un large panel de pathologies respiratoires plutôt qu'à une seule maladie spécifique.
Dans les colonnes de Libération, Bali Pulendran a précisé sa vision : « Nous avons cherché à préparer les poumons eux-mêmes à répondre plus efficacement à de nombreuses menaces différentes ».
Le mécanisme immunologique expliqué par un expert français
Stéphane Paul, chef du service d'Immunologie du CHU de Saint-Étienne, interrogé par Le Point, détaille le fonctionnement de cette approche innovante : « Ce vaccin stimule localement dans le nez ou les poumons l'immunité entraînée par les macrophages via des molécules immunostimulantes ».
Il explique ensuite que ces macrophages digèrent les pathogènes de manière non spécifique avant de les présenter aux lymphocytes localement, induisant ainsi une mémoire immunitaire résidente de courte durée. L'originalité réside dans le fait que ce vaccin cible les cellules de l'immunité innée, qui ne sont pas spécifiques à un pathogène particulier.
Cette approche présente un intérêt particulier pour certaines populations vulnérables. Stéphane Paul souligne que ce type de vaccin pourrait bénéficier notamment « aux personnes âgées, aux enfants, aux immunodéprimés qui sont tout sauf naïfs », c'est-à-dire des individus ayant déjà été exposés à des antigènes ou présentant une immunité préexistante.
Les avantages prometteurs de l'administration nasale
Le procédé présente plusieurs atouts significatifs. Outre l'évitement de l'aiguille – un avantage non négligeable pour de nombreux patients – il permet de générer une immunité muqueuse que les vaccins intramusculaires traditionnels ne peuvent pas produire. Cette « réponse immunitaire compartimentée » cible précisément les muqueuses respiratoires, premières barrières contre les infections.
Le contexte français est d'ailleurs favorable à ce type d'innovation. Depuis 2025, un vaccin nasal pour enfants est autorisé dans l'Hexagone, même s'il reste peu utilisé. Par ailleurs, d'autres projets de vaccins nasaux contre le Covid-19 et la coqueluche sont actuellement en développement.
Les limites et défis à surmonter
Malgré ces perspectives encourageantes, Stéphane Paul reste prudent et tempère l'enthousiasme : « Je ne pense pas que ça va révolutionner la pratique », confie-t-il. Plusieurs obstacles majeurs doivent encore être surmontés avant une éventuelle application chez l'humain.
Les tests précliniques, bien qu'ayant donné des résultats encourageants avec jusqu'à trois mois de protection, ont été menés exclusivement sur de jeunes souris naïves. Le chercheur français souligne : « Le chemin à parcourir avant de voir ce vaccin chez l'homme est encore long, notamment chez la population non naïve… ».
Deux défis techniques importants persistent. Aucun système d'administration adapté à l'humain n'a encore été développé pour cette technologie. Plus problématique encore, la mémoire immunitaire induite ne dépasse pas les trois mois selon les observations actuelles. Stéphane Paul pose la question cruciale : « Ce n'est pas adapté au besoin… Accepteriez-vous de vous faire vacciner tous les trois mois ? ».
La recherche sur les vaccins nasaux universels représente donc une piste innovante prometteuse, mais son application clinique à grande échelle nécessitera encore de nombreuses années de développement et de validation scientifique.



