Dans son nouvel ouvrage adapté de son podcast à succès "Face à l'histoire", le journaliste Philippe Collin revient sur l'affaire Dreyfus, qu'il qualifie de "sujet matrice" de la société française. Pour lui, cette affaire oppose deux visions de la France : la République contre les forces nationalistes, un combat qui fait écho à notre époque.
Une machination, pas une erreur judiciaire
Philippe Collin insiste sur le fait que l'affaire Dreyfus n'est pas une simple erreur judiciaire, mais une véritable machination orchestrée par l'état-major militaire. Dans un contexte de revanche après la perte de l'Alsace-Moselle, un vrai traître, Esterhazy, est découvert, mais on choisit de désigner un coupable idéal : Alfred Dreyfus, juif et officier. "Ils savent très bien que Dreyfus n'est pas coupable, et c'est en cela que ce n'est pas une erreur, mais une machination", explique Collin.
Un crime d'État
L'auteur n'hésite pas à parler de "crime d'État", car les hauts responsables militaires ont fabriqué de faux documents pour condamner Dreyfus, préférant l'ordre à la vérité. L'humiliation publique de Dreyfus lors de sa dégradation, soigneusement mise en scène, et son envoi au bagne sur l'île du Diable dans des conditions extrêmes témoignent de cet acharnement.
Dreyfus, un héros civique méconnu
Philippe Collin bat en brèche l'image d'un Dreyfus résigné. Il le présente comme un héros civique qui a lutté pour son innocence et pour la République. "Il va tenir près de cinq ans au bagne dans des conditions extrêmes parce qu'il sait que s'il meurt, il n'y a plus d'affaire Dreyfus", souligne Collin. Dreyfus, polytechnicien et officier, a appliqué ses compétences de survie pour rester en vie. Après sa grâce, il a même repris son uniforme en 1914 pour défendre la France.
L'impunité des coupables
Malgré la machination, aucun des responsables n'a été condamné. Une loi d'amnistie a été votée en 1899 pour refermer la plaie, laissant les vrais coupables, dont Esterhazy, impunis. Collin regrette que l'armée n'ait toujours pas pleinement reconnu Dreyfus comme un héros, et propose que des lieux comme Polytechnique portent son nom.
Un héritage républicain toujours actuel
Pour Philippe Collin, l'affaire Dreyfus est le moment de bascule où la République s'est enracinée dans l'esprit des Français. Elle oppose raison et instinct, et ses échos résonnent encore aujourd'hui avec la montée de l'antisémitisme et des discours radicaux. "La France est toujours exemplaire quand elle dit 'Je me suis trompée'", conclut-il.
L'ouvrage "Alfred Dreyfus – Le combat de la République !" est publié aux éditions Albin Michel – France Inter, au prix de 24,90 euros, 384 pages. Philippe Collin présente également ce récit au théâtre avec Eric Ruf.



