Zidane nommé sélectionneur : les précédents de légendes passés au crible
Zidane sélectionneur : l'héritage des légendes avant lui

La France du foot s’apprête à basculer dans une sorte de folie douce. Elle s’estompera forcément une fois les premiers matchs passés, mais en attendant, elle va nous accompagner pendant ces semaines d’été. Car oui, Zinédine Zidane doit être nommé sélectionneur ce mardi matin, ouvrant la page la plus excitante de l’histoire des Bleus.

Laurent Blanc et Didier Deschamps, au moment d’accéder à la fonction, étaient des légendes par leur palmarès. Mais Zizou est au-delà de ce statut, il est une icône du foot mondial, un personnage qui fait partie du patrimoine français. Alors le voir au poste le plus exposé de tous, c’est à la fois enivrant et vertigineux. À quel point le prestige qui l’entoure va-t-il le servir, ou le desservir ? Va-t-il réussir ? Son image sera-t-elle écornée ?

Platini, le précédent le plus ressemblant

Pour tenter de répondre à ces questions, penchons-nous sur les exemples passés. Quelques joueurs mythiques ont tenté leur chance sur le banc de leur sélection nationale : Michel Platini en France, Franz Beckenbauer en Allemagne, Diego Maradona en Argentine et Marco Van Basten aux Pays-Bas. La liste ne va pas plus loin. Mario Zagallo, Dino Zoff, Andrei Shevchenko ou Kevin Keagan n’entrent pas dans cette catégorie d’élite.

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La nomination de Platini, triple Ballon d’or, à la tête des Bleus en novembre 1988 est ce qui se rapproche le plus de ce qui nous attend avec Zidane. Fin 1988, les Bleus sont dans le creux après un Euro raté et un début de campagne de qualification au Mondial 1990 marqué par un nul à Chypre (1-1). Platini est une solution d’urgence, installé presque malgré lui par les instigateurs du « putsch de la Toussaint ». « Pour eux, il était temps, pour des raisons également économiques, de donner du relief à la fonction », se souvient Philippe Tournon, attaché de presse des Bleus à l’époque. C’est ainsi que Michel Platini débarque sur le banc, « avec un "effet wow", une aura telle que les joueurs adhéraient à 1000 %, poursuit Tournon. Mais ça ne dure qu’un temps. Ce n’est pas un passeport pour l’éternité. »

Le légendaire numéro 10, celui qui a ramené la France en demi-finale de Coupe du monde et lui a offert son premier Euro en 1984, n’est pas préparé pour le poste. Il vient de raccrocher les crampons, n’a pas entraîné en club. Après une brillante campagne de qualification à l’Euro 92 mais un échec dès le premier tour en phase finale, il tire sa révérence.

Beckenbauer, pionnier des légendes sur le banc

« Les matchs de qualification, quand il avait les joueurs sur 8-10 jours, ça convenait à sa manière de faire. Mais il n’était pas vraiment branché sélectionneur sur une durée de plusieurs semaines en compétition, estime Tournon. La gestion d’un groupe pendant un mois, c’est une chose unique au monde. »

Celui qui a le mieux réussi est sans conteste Franz Beckenbauer. Champion d’Europe (1972) et du monde (1974) brassard au bras, il emmène l’Allemagne en finale en 1986, puis jusqu’au sacre suprême quatre ans plus tard. « Quand il a pris la sélection, il était jeune (38 ans) mais il restait le Kaiser, un vrai personnage qui faisait autorité en Allemagne, souligne l’historien Paul Dietschy. Il symbolise ce football qui commençait à se starifier, à renforcer sa médiatisation. De ce point de vue, il a été celui qui a ouvert la voie à ces anciens grands joueurs. »

Il est le premier de la lignée. Avant lui, Pelé ou Eusebio n’ont jamais sauté le pas. Marco Van Basten, lui, est parachuté sélectionneur alors qu’il n’a dirigé que les jeunes de l’Ajax. Eliminé en 8e de finale du Mondial 2006 puis en quart de finale de l’Euro 2008, il échoue à mettre en place sa conception nouvelle du jeu.

Van Basten et Maradona : échecs cuisants

Julien Müller, co-auteur du livre Légendes du football - Équipe de France, prend l’exemple du triple Ballon d’or néerlandais pour insister sur « la difficulté de transmettre ses idées quand tu es un génie ». Pour lui, les meilleurs entraîneurs tacticiens étaient au mieux « d’excellents joueurs », pas des légendes, « à la seule exception de Cruyff ».

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Le cas Maradona est définitivement singulier. Sélectionneur entre 2008 et 2010, il « ne parut jamais en paix avec lui-même ni en mesure d’apporter de la stabilité et de la sérénité à ses choix », écrit notre confrère de L’Équipe Stéphane Kohler. Maradona était « plus cabotin que technicien », sans « identité de jeu, pas de certitudes défensives ou offensives », fonctionnant aux « coups d’éclat ». Tout éclata au grand jour en quart de finale de la Coupe du monde 2010, quand l’Argentine a été balayée par l’Allemagne (4-0). « En réalité, il ne pouvait pas occuper cette fonction, en raison de sa personnalité et de ses addictions, complète Paul Dietschy. L’échec de Maradona est lié à ses dérives. »

Zidane : un leader pragmatique

Et Zidane alors ? Le Français a été brillant sur le banc du Real Madrid, avec deux Ligas et trois victoires d’affilée en Ligue des champions (2016, 2017, 2018). « Je mets Zidane à part car il est plus pragmatique que tacticien ou idéologue », répond Müller. C’est peut-être l’une des clés de la réussite : ne pas chercher à révolutionner le jeu, mais apporter un leadership. Philippe Tournon abonde : « Ça accrédite l’idée que le poste de sélectionneur est très particulier, qui n’a rien à voir avec ce qu’a été le joueur ou même l’entraîneur en club. Les bons sélectionneurs, c’est des gars qui visent juste, qui visent le cœur et les tripes des joueurs. »

La légende peut-elle être écornée ?

Reste une question : l’échec peut-il abîmer la légende ? « Le côté joueur pèse plus, tranche Julien Müller. Le risque est minime. Zidane pourra se planter, il restera numéro 1 dans le cœur des gens. » « C’est plus risqué d’entraîner en club qu’en équipe nationale, estime Dietschy. Quoi qu’il arrive, Zidane a déjà réussi sa carrière d’entraîneur avec ses deux passages au Real. »

Le fantasme collectif voudrait que notre ancien numéro 10 fasse des miracles. Mais de manière plus terre à terre, on peut simplement dire que comme ses semblables avant lui, il a tout à gagner à tenter le coup. S’il réussit, ça décuplera sa légende. S’il échoue, tout le monde fera poliment comme si ça n’avait jamais existé.