L'Union européenne a annoncé ce jeudi un plan d'investissement de 5 milliards d'euros dans l'intelligence artificielle (IA) pour tenter de réduire l'écart avec les États-Unis et la Chine. Cette enveloppe, la plus importante jamais consacrée par Bruxelles à cette technologie, vise à financer la recherche, l'infrastructure et la formation, tout en établissant des règles communes pour encadrer son développement.
Un plan d'investissement sans précédent
Sur les 5 milliards d'euros, 1,5 milliard proviendront du budget européen, 2 milliards des États membres et 1,5 milliard du secteur privé, via des partenariats public-privé. Selon la Commission européenne, cet investissement devrait créer plus de 20 000 emplois directs dans le secteur de l'IA d'ici 2030. Les fonds seront déployés sur quatre ans, avec un accent sur les PME et les startups.
« C'est un signal fort pour l'industrie européenne. Nous devons agir maintenant pour ne pas dépendre des autres puissances », a déclaré Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
Des centres d'excellence en IA
Le plan prévoit la création de dix centres d'excellence en IA répartis dans toute l'UE, chacun spécialisé dans un domaine clé comme la santé, les transports ou l'énergie. Ces centres travailleront en réseau avec les universités et les entreprises pour accélérer l'innovation. Par ailleurs, un nuage de données européen sera mis en place pour offrir une alternative souveraine aux géants américains du cloud.
L'UE souhaite également former 100 000 spécialistes en IA d'ici 2025 grâce à des programmes de bourses et de reconversion professionnelle. « La formation est cruciale pour ne pas perdre la bataille des talents », a souligné Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission chargée du numérique.
Un cadre réglementaire pour l'innovation
En parallèle, Bruxelles a dévoilé un projet de règlement sur l'IA, destiné à instaurer des règles claires pour les applications à haut risque tout en favorisant l'innovation. Ce texte, attendu pour 2027, classera les systèmes d'IA en quatre catégories de risque, avec des obligations renforcées pour les plus dangereux.
Les entreprises européennes saluent cette initiative, mais redoutent une complexité administrative. « Nous avons besoin de sécurité juridique, mais pas d'une usine à gaz réglementaire », a mis en garde Cecilia Bonefeld-Dahl, directrice générale de DigitalEurope. La Commission promet une mise en œuvre progressive et un guichet unique pour les PME.
Concurrence avec les États-Unis et la Chine
Cet effort européen intervient alors que les États-Unis et la Chine dominent déjà le marché de l'IA. Washington a investi plus de 20 milliards de dollars dans le secteur depuis 2020, tandis que Pékin a lancé un plan national de 10 milliards de dollars. L'UE, avec ce nouveau budget, espère rattraper son retard, notamment dans les technologies de rupture comme l'IA générative.
« L'Europe doit devenir un leader de l'IA éthique et durable, et non un simple suiveur », a insisté Thierry Breton. Le plan prévoit aussi des investissements dans les supercalculateurs, avec l'objectif de disposer de deux machines parmi les cinq plus puissantes au monde d'ici 2026.
Les réactions sont mitigées. Si certains experts jugent le montant insuffisant face aux investissements américains et chinois, d'autres saluent la vision stratégique. « 5 milliards, c'est un bon début, mais il faudra multiplier par dix pour être compétitif », estime Jean-Marc Drouin, chercheur à l'INRIA.
La Commission prévoit une évaluation à mi-parcours en 2028 et n'exclut pas de nouvelles enveloppes si les résultats sont probants. Le Conseil et le Parlement européen devront approuver le plan avant la fin de l'année.



