Climatosceptiques en furie : les cartes météo trop rouges déclenchent des insultes
Cartes météo trop rouges : les climatosceptiques insultent

Les climatosceptiques voient rouge. Littéralement. Alors que l’Hexagone subit une canicule précoce en plein cœur du printemps, une partie des réseaux sociaux préfère nier avec véhémence la réalité. Dès que le sujet du dérèglement climatique s’invite à l’écran, les insultes pleuvent. Les cibles ? Les présentateurs météo et les comptes spécialisés, entre autres. Le motif du crime ? Les cartes seraient « trop rouges » et le discours trop alarmiste.

Un journaliste de BFM TV pris pour cible

Le journaliste Kévin Floury de BFM TV en a fait les frais. En annonçant des températures exceptionnellement élevées, il a choisi de devancer les critiques avec une pointe d’ironie : « C’est déjà du très très rouge ce matin et cet après-midi. […] Si on remplaçait cette couleur rouge par du bleu, il est évident que les températures baisseraient immédiatement. » Une pique assumée face au cyberharcèlement qu’il subit. « Voilà maintenant 48 heures qu’on reçoit sur les réseaux sociaux des messages d’insultes et de menaces parce que le rouge est indiqué sur les cartes météo », déplore-t-il.

Météovillages répond par l’absurde

Même constat d’exaspération du côté du compte Météovillages, qui a choisi de répondre par l’absurde en publiant des photos de feux de signalisation et de panneaux routiers repeints en vert. « Ça fait maintenant 48 heures que je reçois plus d’un millier de commentaires d’attardés mentaux qui trouvent que les cartes météo "sont trop rouges". Alors voici un certain nombre d’applications où le rouge devrait aussi être retiré car trop anxiogène à mon goût. »

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Depuis le début des fortes chaleurs, de nombreux internautes se font régulièrement harceler voire menacer dès que le sujet du climat est mis sur la table. Entre fausses comparaisons, négation de la réalité, mensonges et cyberharcèlement, la météo a définitivement cessé d’être une discussion polie pour meubler les blancs. Comme des taureaux, la vue du rouge à l’air de rendre « fou » plus que la chaleur. Mais pourquoi ces climatosceptiques sont-ils aussi virulents et violents ?

Le présentateur météo, un outil de propagande

Pour comprendre cette agressivité, il faut plonger dans la psychologie du discours complotiste. « Le climatosceptique ne voit pas seulement des cartes ou des données, il voit des éléments de propagande qui viennent camoufler un projet caché, à des fins particulières », explique à 20 Minutes, Loïc Nicolas, chercheur en rhétorique au laboratoire Protagoras de l’Ihecs en Belgique et enseignant spécialisé en discours complotiste et ses déclinaisons contemporaines.

Dans cette mécanique, le présentateur météo n’est plus un simple informateur : il devient l’exécutant d’un « nouvel ordre mondial », il participe à la manipulation. « Les présentateurs ne sont pas regardés à titre individuel, ils sont vus comme les outils d’une cause qui les dépasse », poursuit le chercheur. En s’attaquant à eux, le climatosceptique s’offre un rôle sur mesure : « Il se voit comme un héros de la liberté, un extralucide qui vient réveiller les moutons de Panurge. C’est un éthos [une image de soi] extrêmement valorisant. »

« Une confusion permanente entre météo et climat »

Cette quête de valorisation se traduit par une violence décomplexée en ligne. « La période actuelle favorise une forme de virulence, car il y a une radicalisation qui trouve un écho puissant sur les réseaux sociaux et dans certains médias », analyse de son côté Julien Giry, docteur en sciences politiques et chercheur à l’université de Tours. « Il y a de véritables primes à l’agressivité en ligne. Ce sont des gens très motivés par leur cause et les vagues de chaleur actuelles ouvrent pour eux une fenêtre d’opportunité. »

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Derrière le refus d’une carte rouge se cache surtout le déni d’un consensus scientifique universel. « Dans le discours climatosceptique, il y a une confusion permanente entre météo et climat. Ils répètent que "de toute façon, il a toujours fait chaud en été" pour nier le phénomène », constate le chercheur. Mais pourquoi s’enfermer dans un tel discours ? « Soit par intérêt purement capitaliste, parce qu’ils pensent que les mesures écologiques veulent nuire à l’économie, soit par agenda politique, en accusant les autorités d’instrumentaliser le climat pour restreindre nos libertés. »

Une peur de perdre en libertés individuelles

C’est là tout le nœud du problème. La science n’est pas contestée pour ce qu’elle dit mais pour ce qu’elle implique politiquement. « La logique des climatosceptiques, c’est de voir ces discours comme une préparation à des contraintes futures », décrypte Loïc Nicolas. « Si c’est juste un constat scientifique, on le vit. Mais si on vous dit que demain, à cause de ça, vous ne pourrez plus remplir votre piscine, plus utiliser votre voiture thermique ou que vous devrez manger moins de viande… Ils voient la science officielle comme une excuse pour raboter les droits individuels. C’est ce qui, à leurs yeux, justifie la violence. »

Le spécialiste des discours complotistes insiste : « Ici, la violence verbale, dopée par l’anonymat d’Internet, sert de soupape de sécurité à des individus qui souffrent dans un monde social lui-même violent et complexe et qui refusent que l’État leur dicte comment vivre. »

« Ils renversent la charge de la preuve »

Face à ce mur, les experts avouent une certaine impuissance. « C’est extrêmement difficile de discuter avec quelqu’un de radicalisé », concède Julien Giry. D’autant que les faits scientifiques, ils en font fi. « Le discours complotiste mime les codes de la science tout en dénonçant la science officielle », souligne Loïc Nicolas. « Pire, pour ce groupe, le fait même d’être en totale incohérence avec les faits dominants est un gage de crédibilité. Ils renversent la charge de la preuve : c’est aux autorités de prouver qu’ils ont tort. À leurs yeux, ils sortent donc toujours victorieux. »

Heureusement, le phénomène pourrait s’essouffler au fil du calendrier. « Il y a fort à parier que la violence et le cyberharcèlement des climatosceptiques vont peu à peu s’atténuer… en même temps que les températures de l’été », conclut Julien Giry. En attendant l’automne, les présentateurs météo vont devoir garder la tête froide.