Nuit de tensions à l'Assemblée : la loi d'urgence agricole adoptée dans la fureur
Loi agricole adoptée après une nuit de tensions à l'Assemblée

Dans la nuit du 20 au 21 juillet 2026, l'Assemblée nationale a adopté le projet de loi d'urgence agricole par 296 voix contre 224, avec 41 abstentions, au terme de débats extrêmement tendus. Le texte, issu d'un compromis en commission mixte paritaire (CMP), contient 78 articles portant sur la gestion de l'eau, la prédation du loup, la rémunération des agriculteurs et la simplification des normes. Mais ce sont les dispositions relatives à deux pesticides interdits en France depuis 2018 et 2019 – l'acétamipride et le flupyradifurone – qui ont cristallisé les tensions.

Un compromis contesté sur les pesticides

Le dispositif retenu ne réautorise pas directement ces substances, mais confie à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) la possibilité d'accorder des dérogations temporaires et très encadrées pour certaines filières : l'acétamipride pour les noisettes, le flupyradifurone pour la pomme, la cerise et la betterave. Cette solution a suscité l'opposition de la gauche et d'une partie du bloc central, qui y voient un contournement de l'interdiction.

Selon Karl Pasquet, journaliste, le député insoumis Manuel Bompard a dénoncé à la tribune le retour programmé de substances toxiques, tandis que Laurent Marcangeli (Horizons) s'est emporté en martelant son pupitre : « C'est faux ! Arrêtez avec vos conneries ! »

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Le bloc central se fracture

Le gouvernement a utilisé la procédure rigide de la CMP (article 45) pour refuser l'examen des amendements visant à supprimer l'article sur les pesticides, y compris ceux déposés par des députés de la majorité comme Élisabeth Borne ou Agnès Pannier-Runacher. Cette décision a provoqué une scène surréaliste où la majorité s'est déchirée en direct. Le député MoDem Richard Ramos a dénoncé un « filtrage arbitraire » et « contraire à l'esprit démocratique ». Agnès Pannier-Runacher a renchéri : « Pourquoi les amendements ne sont-ils pas examinés et reçus par le gouvernement ? Ayons ce débat, c'est la démocratie ! » Gabriel Attal (EPR) a parlé d'un « sentiment de gâchis » et d'une séance « pourrie par une forme d'incompréhension », tout en votant le texte final.

Menace de démission au gouvernement

En coulisses, l'exécutif se fracturait. Selon Politico, l'entourage de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, fermement opposée au texte, présentait sa démission comme « le scénario le plus probable ». La gauche a multiplié les rappels au règlement et les demandes de suspension. Aurélie Trouvé (LFI) a accusé les sénateurs d'avoir « pris en otage cette loi agricole pour faire rentrer au forceps la réautorisation de pesticides dangereux pour le cerveau des enfants ». Manon Meunier a invoqué l'alerte de l'Ordre des médecins et de dix-sept sociétés savantes, tandis que Benoît Biteau (Écologiste) s'est insurgé du mépris affiché envers les 2,2 millions de pétitionnaires.

Aux abords du Palais-Bourbon, plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées aux Invalides à l'appel de la Confédération paysanne, de Greenpeace et de Générations Futures.

Un vote grâce au soutien de la droite et de l'extrême droite

Pour faire adopter le texte, le gouvernement a pu compter sur le soutien sans faille de la Droite républicaine, de l'UDR d'Éric Ciotti et du Rassemblement national. Edwige Diaz (RN) a salué le refus d'un « recul dicté par une pression politique et médiatique sur la base de déclarations mensongères ». Jean-Philippe Tanguy a fustigé sur BFM-RMC l'hypocrisie des opposants : « Si ces produits étaient dangereux, il faudrait interdire les importations qui les utilisent. On demande aux agriculteurs d'avoir le courage de produire en France. »

La ministre de l'Agriculture Annie Genevard s'est félicitée sur X que les députés aient fait « le choix de la responsabilité », et a affirmé sur France-Inter faire « œuvre utile pour l'agriculture française ».

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Riposte à gauche et perspectives juridiques

À gauche, la riposte a été immédiate. Manuel Bompard a fustigé sur X un Premier ministre qui « a refusé le vote de l'Assemblée nationale pour passer en force la réautorisation de pesticides extrêmement dangereux ». Jean-Luc Mélenchon a accusé Marine Le Pen, Gabriel Attal et Édouard Philippe d'avoir fait voter « la pire loi Duplomb », promettant l'abrogation du texte en 2027. Olivier Faure (PS) a dénoncé « un coup de force démocratique et un recul écologique majeur orchestré par une majorité de circonstance avec l'extrême droite », confirmant une réplique juridique.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu le texte sur X, affirmant que le compromis sur l'acétamipride « ne revient pas sur son interdiction » mais « remet la science au cœur de la décision » en confiant l'arbitrage à l'Anses pour la seule filière des noisettes. Il a fustigé l'attitude de l'opposition : « On ne peut pas dire au salon de l'agriculture en février que nous aimons nos agriculteurs, et en juillet instrumentaliser à des fins politiciennes une loi utile pour notre souveraineté alimentaire. »

Le projet de loi est transmis au Sénat pour son ultime vote, où son adoption définitive devrait être une formalité compte tenu de la majorité de droite et du centre. Les groupes insoumis et socialistes ont confirmé qu'ils saisiraient immédiatement le Conseil constitutionnel. Les Sages devront trancher si les nouveaux garde-fous confiés à l'Anses suffisent à satisfaire aux exigences environnementales et sanitaires de la Constitution. Le gouvernement a sauvé son texte sur le fil, mais au prix d'un bloc central durablement fêlé.