Le feu est incontrôlable et la situation toujours plus incertaine en Gironde. Entre évacuations massives, trafic ferroviaire interrompu et autoroute coupée, le département affronte une situation inédite. L’incendie hors de contrôle, qui a déjà ravagé 42 000 hectares et contraint 220 000 personnes à quitter leur domicile depuis mercredi, menace désormais les abords de Bordeaux. Il s'agit de l'une des plus grandes évacuations jamais organisée en France à la suite d'incendies.
Un maire désemparé face à l'imprévisibilité du feu
« Ce feu est imprévisible et à chaque fois qu’on croit avoir remporté une bataille, malheureusement il nous surprend de la pire des façons qui soit. Et donc, malheureusement, aucune date de retour aujourd’hui ne peut être annoncée », a déclaré sur BFMTV Jérôme Steffe, maire de Cestas, commune de 17 000 habitants située à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux. « Aujourd’hui, il est impossible de dire où s’arrêtera le feu », a-t-il souligné. Cestas est l’une des nouvelles communes évacuées dans la nuit à la demande de la préfecture de Gironde.
Sur les quais de la ville de Bordeaux, une fumée orangée obscurcissait le ciel au lever du jour ce dimanche, avec une forte odeur de brûlé dans les rues. Les fumées de l’incendie ont été perçues jusque dans le Massif Central à plusieurs centaines de kilomètres du foyer, et plusieurs préfectures ont appelé les administrés à ne pas prévenir les secours pour une simple odeur de brûlé.
55 000 nouvelles évacuations en une nuit
Au total, 55 000 nouvelles personnes dans des communes situées au sud-est du Bassin ou proches de la métropole (Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios, Cestas) ont été évacuées, portant à 220 000 le nombre de personnes ayant dû quitter leur domicile dans le département depuis mercredi. Pas moins de 950 gendarmes sont engagés dans le département pour effectuer du porte-à-porte et s’assurer du départ de la population.
La progression des flammes perturbe également fortement les transports. L’autoroute A63 entre Bordeaux et l’Espagne est fermée sur 60 kilomètres et le trafic SNCF est interrompu au sud de Bordeaux jusqu’à nouvel ordre.
Un incendie qui s'autoalimente grâce au pyrocumulonimbus
La préfecture a fait état d’une « propagation rapide de l’incendie » en début de nuit, alimentée par la sécheresse de la végétation et des rafales atteignant 40 km/h. L’apparition d’un « pyrocumulonimbus », un nuage de feu capable de générer ses propres vents, a favorisé de nombreux sauts de feu, accélérant la progression du brasier. Ce phénomène météorologique extrême, combiné à la sécheresse persistante, rend la lutte contre les flammes particulièrement difficile pour les pompiers.
Le feu a déjà ravagé 42 000 hectares, a indiqué la préfecture à l’aube, faisant de cet incendie l’un des plus importants recensés en France depuis la Seconde Guerre mondiale. En 1949, le grand incendie qui avait embrasé la forêt des Landes de Gascogne, le plus meurtrier jamais vu en France, avait ravagé environ 50 000 hectares. Les différents incendies qui sévissent en France ont brûlé près de 98 000 hectares depuis le début de l’année, a indiqué samedi Laurent Nuñez, « un record historique ».
Conséquences économiques et environnementales
Au-delà des évacuations et des perturbations des transports, l'incendie a des conséquences économiques majeures. Les activités touristiques et viticoles dans la région de Bordeaux sont fortement impactées, avec des domaines viticoles menacés par les flammes. De plus, la qualité de l'air s'est dégradée dans une large zone, avec des particules fines et des composés toxiques émis par la combustion de la végétation et des habitations.
Les autorités appellent à la vigilance et demandent aux habitants des zones non évacuées de se tenir prêts à partir à tout moment. Les pompiers, venus de toute la France, continuent de lutter sans relâche pour tenter de maîtriser le brasier, mais les conditions météorologiques défavorables et la nature imprévisible du feu laissent craindre une aggravation de la situation dans les prochains jours.



