Alpha, 16 ans, arborant un maillot de l'équipe de foot du Sénégal, a la voix serrée mais forte lorsqu'il prend la parole, seul face à un micro et 350 personnes. Cinq minutes d'un monologue habité, dans lequel il raconte les discriminations qu'il a subies à son arrivée en France, et les imitations cruelles de son accent qui ont sapé sa confiance en lui. Aujourd'hui, dit-il, « je suis fier d'être resté fier, dans un monde où on me demandait de baisser les yeux ».
Sur la scène du cinéma municipal Le Luxy à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, trois autres jeunes se livrent au même exercice. Paloma Mercier, 17 ans, scande son impression d'être toujours « trop », de « tout ressentir trop profondément, dans un monde où tout le monde fait semblant de ne rien ressentir ». Nawfel raconte comment le harcèlement scolaire dont il a été victime l'a rendu « froid, méchant, violent aussi, comme si faire peur aux autres pouvait empêcher d'avoir peur soi-même ». Mathis ferme la marche, en s'adressant à un père absent : « C'est dans ton vide que j'ai appris à me remplir », lance ce grand jeune homme en habits noirs.
Les discours des quatre adolescents se concluent sur un écho qui résonne dans la salle : « On n'est pas faibles, on est vivants, et être vivant, ça s'écoute. »
Un projet d'un an pour libérer la parole
Le projet « Tandem d'acteurs » de l'association Cinemarne a mobilisé des jeunes d'Ivry-sur-Seine et d'Athis-Mons pendant un an autour du théâtre, du cinéma et de la santé mentale. Mercredi 3 juin, ils ont présenté le fruit de leur travail devant un large public au cinéma Le Luxy. Parents, voisins, amis, professeurs, acteurs associatifs, médiateurs et élus se sont pressés pour assister à cette restitution.
Lorsque la lumière se rallume, le public se lève d'un bond dans une ovation assourdissante. Ce moment fort a couronné un travail de longue haleine, mené par l'association Cinemarne, qui utilise l'art comme vecteur d'expression et de sensibilisation à la santé mentale.
Un message d'espoir
Les jeunes participants ont pu, grâce à ce projet, mettre en mots et en scène leurs expériences, leurs souffrances et leurs espoirs. Leur message est clair : la fragilité n'est pas une faiblesse, mais une preuve de vie. En partageant leurs histoires, ils invitent à l'écoute et à la bienveillance. Ce projet artistique illustre comment la création peut devenir un outil puissant pour briser le silence autour de la santé mentale, en particulier chez les jeunes.



