La réintroduction de deux insecticides controversés, le sulfoxaflor et le flupyradifurone, a été annoncée par le gouvernement français. Cette décision, prise dans le cadre d'une dérogation pour protéger les cultures de betteraves sucrières, suscite de vives critiques de la part d'experts en santé publique et en environnement.
Des produits aux risques sous-estimés
Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), ces deux insecticides sont neurotoxiques pour les abeilles et autres pollinisateurs. Le sulfoxaflor, interdit dans l'Union européenne depuis 2022, est particulièrement pointé du doigt. « Ceux qui tentent de rassurer sur ces produits ont une vision naïve des risques », estime le toxicologue François Veillerette, porte-parole de l'association Générations Futures.
Une étude de l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) a montré que l'exposition à ces substances réduit la capacité des abeilles à butiner et à retourner à leur ruche, entraînant une baisse de la pollinisation de 30 % dans les zones traitées.
Un impact sur la santé humaine
Les risques ne se limitent pas aux insectes. Le sulfoxaflor est classé comme « possiblement cancérogène pour l'homme » par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). En France, l'Anses a relevé des résidus de ces insecticides dans l'eau potable, dépassant parfois les seuils de qualité. « Il y a une inquiétude légitime sur l'effet cocktail de ces substances avec d'autres pesticides », ajoute le Dr. Pierre-Michel Périnaud, médecin généraliste et membre de l'Association Santé Environnement France.
Les défenseurs de l'agriculture
De leur côté, les syndicats agricoles et la filière betteravière défendent cette réintroduction. « Sans ces insecticides, les rendements chuteraient de 40 %, menaçant la filière sucrière française », explique Xavier Rousset, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves. Le gouvernement justifie cette dérogation par la nécessité de lutter contre les pucerons, vecteurs de la jaunisse de la betterave.
Des alternatives existent
Des voix s'élèvent pour promouvoir des solutions alternatives. L'Institut technique de la betterave (ITB) travaille sur des variétés résistantes et des méthodes de biocontrôle. « Il est possible de se passer de ces insecticides, mais cela nécessite des investissements et un changement de pratiques », souligne Hélène Le Héno, ingénieure agronome à l'ITB. Selon une étude de l'INRAE, les techniques de lutte intégrée pourraient réduire de 50 % l'utilisation de pesticides sans perte de rendement.
Une décision controversée
La décision du gouvernement a été critiquée par plusieurs ONG, dont Greenpeace et WWF, qui ont annoncé leur intention de saisir le Conseil d'État. « C'est un recul inacceptable pour la biodiversité et la santé des citoyens », déclare Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Une pétition lancée par Générations Futures a recueilli plus de 150 000 signatures en une semaine.
Le ministère de l'Agriculture assure que cette dérogation est temporaire et encadrée. « Nous suivons de près les impacts et nous réévaluerons la situation dans six mois », indique un porte-parole. En attendant, les betteraves françaises seront traitées avec ces insecticides dès le printemps prochain.



