Le gouvernement a promis, ce mercredi 29 avril 2026, de simplifier la titularisation des praticiens diplômés hors Union européenne (Padhue), après une intervention d’Emmanuel Macron sur leur statut précaire. Ces médecins, dont le nombre est estimé à plus de 10 000 en 2024, occupent des postes clés dans les déserts médicaux.
Qui sont les Padhue ?
Les Padhue sont des praticiens diplômés hors de l’Union européenne qui exercent en France mais ne bénéficient pas des mêmes conditions de travail et de revenu que les diplômés en Europe. Urgentistes, psychiatres, gynécologues, généralistes, gériatres… La désertification médicale et la crise Covid ont conduit de nombreux établissements à en recruter. Théoriquement, ils travaillent sous la supervision d’un médecin titulaire, mais dans beaucoup d’hôpitaux, ils font tourner des services en tension et exercent des fonctions similaires à celles des médecins seniors, selon les syndicats. D’après le syndicat des internes (ISNI), ils travaillent sous des statuts précaires aux rémunérations très inférieures à leurs confrères.
Combien sont-ils ?
Aucune statistique fiable ne recense leur nombre exact, écrivait en 2024 l’Ordre des médecins, sollicité pour un rapport parlementaire qui, en compilant plusieurs sources, avait évalué leur nombre à plus de 10 000 en 2024. Le ministère de la Santé a indiqué ne pas disposer de chiffre global de Padhue travaillant dans les établissements sous statut précaire, car les recrutements se font de gré à gré. Il précise toutefois qu’environ 4 700 Padhue sont demandeurs d’une autorisation temporaire d’exercice ou détenteurs de cette autorisation mais sans avoir passé le concours, et que 7 500 sont en cours de validation après avoir passé le concours.
Comment sont-ils titularisés ?
Pour voir leur diplôme reconnu, ils doivent obtenir une autorisation de plein exercice via un concours annuel puis une longue procédure. Ces contraintes visent selon l’Académie de médecine et l’Ordre à garantir la qualité et la sécurité des soins. Le concours a longtemps mis en concurrence les médecins déjà en France et ceux qui candidataient depuis l’étranger. Il a été réformé en 2025. Désormais, les médecins déjà en poste passent un concours interne et sont prioritaires sur l’essentiel des postes disponibles. Une voie externe plus sélective existe pour ceux sans expérience en France. Une fois lauréats, les Padhue entament un parcours de consolidation des compétences (PCC), sorte de stage de deux ans (qui peut être raccourci de 18 mois maximum, sous conditions), avant d’être autorisés ou non à exercer par une commission dédiée. La procédure est souvent critiquée, accusée de les maintenir longtemps dans des conditions de travail indécentes. Ses détracteurs appellent à exempter les Padhue de concours et faire reconnaître leurs compétences par des pairs. Mercredi, l’exécutif a promis de simplifier les procédures avec l’idée de sortir de cette logique de concours.
Et en cas d’échec ?
Un régime dérogatoire a longtemps permis de les embaucher pendant plusieurs années, sous divers statuts rémunérés entre 1 500 et 2 200 euros mensuels. Désormais obligés de passer le concours, ils peuvent, dans l’attente, demander des autorisations temporaires. La loi Valletoux de 2023 a créé le statut de praticien associé contractuel temporaire (PACT), sous lequel les médecins expérimentés peuvent travailler 26 mois au maximum, pour 31 204,37 euros bruts annuels. Des hôpitaux emploient toujours des Padhue sous d’autres statuts plus précaires, selon des syndicats et élus.
Que deviennent les anciens Padhue ?
Au 1er janvier 2026, les ex-Padhue devenus titulaires représentaient 9,2 % des médecins en activité régulière (environ 19 000 praticiens) contre 4,1 % en 2010, a indiqué à l’AFP l’Ordre des médecins. Selon une étude de 2025, ils sont diplômés en majorité d’Algérie (38,6 % des Padhue actifs réguliers), Tunisie (16 %), Syrie (8,3 %), Maroc (6,8 %) ou Liban (4,2 %). Toujours selon cette étude, les spécialités les plus représentées sont la médecine générale (19,6 % des Padhue actifs réguliers), la psychiatrie (8,8 %) ou l’anesthésie-réanimation (7,9 %). La proportion d’anciens Padhue varie beaucoup d’un département à l’autre : ils représentent 1,4 % des médecins actifs dans les Pyrénées-Atlantiques mais 29,6 % dans l’Aisne et 29,1 % dans l’Eure-et-Loir. Cette proportion est souvent importante dans des espaces péri-urbains et ruraux défavorisés.



