Sébastien Lecornu a depuis toujours le virus de la politique. Il doit désormais affirmer sa capacité à conduire une politique contre un virus. C’est à la fois une ironie de l’histoire et une sorte d’opportunité pour lui, qui doit tenir encore un an en faisant semblant de réformer la France sans en avoir les moyens, faute de majorité parlementaire.
Dans ce contexte, toute gestion de crise s’apparente à une occasion d’exister. Une occasion à haut risque, mais une occasion quand même. La hausse des prix des carburants l’a placé face à une première épreuve du feu, face à une situation imprévue, dont le fort impact sur la vie quotidienne des Français peut, à tout moment, engendrer un mécontentement qui se manifeste dans la rue.
L’irruption de l’hantavirus des Andes sur la scène nationale, avec une patiente en état critique dans un hôpital parisien, le conduit à adopter une stratégie qui évolue de jour en jour, voire d’heure en heure.
Des questions de vie ou de mort
Il ne s’agit plus en effet de veiller sur les porte-monnaies mais de répondre à des questions de vie ou de mort. La charge émotionnelle est potentiellement très forte. Il convient donc plus qu’en toute autre matière d’éviter tout faux pas. Et c’est très difficile.
Premier écueil : se montrer responsable et vigilant sans pour autant inquiéter voire paniquer ses concitoyens. Second défi : échapper à la critique systématique qui lui reprochera, au choix, d’en avoir fait trop ou pas assez.
Troisième injonction : se différencier de l’attitude des autorités face aux débuts de l’épidémie de Covid-19, en 2020, quand deux ministres de la santé successifs ont commencé par expliquer qu’il n’était pas raisonnable de parler de pandémie, tandis que la porte-parole du gouvernement assurait contre toute évidence que le port du masque ne présentait aucun intérêt…
Une première réponse insuffisante
Sébastien Lecornu a donc commencé par envoyer au front la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, d’abord au 20 heures de France 2 dimanche puis sur France Inter lundi matin.
Celle-ci était en mission pour assurer le service après vente du décret tout juste publié au Journal officiel, qui prescrit des mesures d’urgence pour prévenir la propagation du virus, en tout premier lieu l’isolement et le contrôle des « cas contacts ».
Toutefois, ce texte demeurait assez flou sur les modalités de la quarantaine (à l’hôpital ou au domicile) comme sur les sanctions qui pourraient s’appliquer aux contrevenants. La ministre de la Santé, dans ses deux interventions, n’a pas dissipé le caractère incertain des mesures prises.
Plus ennuyeux encore, elle n’a pas pu (ou pas voulu) répondre précisément sur le nombre de masques disponibles – un sujet devenu traumatisant en France depuis le Covid-19 -, se contentant d’assurer qu’elle a « demandé un état des lieux » et que nous disposons des « stocks nécessaires ». Merci pour l’info !
C’est pourquoi Sébastien Lecornu a décidé, lundi, de ne plus se contenter de déléguer. « Notre réponse sanitaire est claire : pour tous les cas contacts, sans exception, quarantaine renforcée en milieu hospitalier », a-t-il écrit sur X en fin de journée lundi, tandis que l’on apprenait qu’il avait passé son après-midi sur ce dossier, lequel donnera lieu à deux réunions de coordination interministérielle quotidiennes à Matignon jusqu’à nouvel ordre.
Ce mardi, à l’Assemblée nationale, les questions au gouvernement risquent d’interroger la gestion de cette alerte sanitaire. Et politiquement aussi, le Premier ministre a choisi d’opter pour la prévention.



