Les médecins du centre hospitalier de Millau sortent de leur réserve. Dans un communiqué adressé aux élus et aux autorités sanitaires, ils expriment leur « profonde inquiétude » face aux récentes annonces concernant le futur hôpital commun du Sud-Aveyron. En cause : des évolutions présentées lors du dernier comité de pilotage (Copil) qui, selon eux, remettent en question les fondements mêmes du projet médical élaboré depuis près de cinq ans.
Un projet initial remis en cause
Le projet initial reposait sur un principe clair : regrouper l’ensemble du plateau technique et des activités de médecine aiguë sur un établissement neuf afin de concentrer des ressources médicales devenues rares. Les sites historiques de Millau et de Saint-Affrique devaient conserver essentiellement des activités de soins médicaux et de réadaptation, de longue durée, de psychiatrie et d’Ehpad. Or, les annonces récentes évoquent désormais le développement d’une offre de proximité plus étoffée sur les deux sites, avec notamment de la médecine polyvalente à Saint-Affrique, des consultations avancées sur les deux hôpitaux et une antenne d’urgence adossée au SMUR.
« Ce n’est pas franchement ce qui est prévu dans le projet médical du Sud-Aveyron », souligne le Dr Julien Viader, président de la Communauté médicale d’établissement. « L’idée, c’était de transférer sur le futur établissement la totalité du plateau technique. »
Des questions sur la faisabilité
Au-delà des orientations affichées, les médecins questionnent surtout leur faisabilité. « Les consultations avancées sur Millau, dans quels locaux, avec quel personnel ? s’interroge le praticien. Quand on entend parler d’une urgence de 8 heures à 18 heures, ce n’est pas un service d’urgence. »
Pour les médecins, la difficulté majeure reste celle du recrutement. Les deux établissements connaissent déjà des fermetures temporaires de lits et des restrictions d’accès aux urgences faute de praticiens. « Avec quel médecin vous allez faire ça ? C’est ça le problème essentiel, résume le Dr Viader. On ne peut pas se disperser. Il faudrait se concentrer si possible sur un seul site. » La communauté médicale craint qu’en cherchant à maintenir davantage d’activités sur plusieurs implantations, le projet ne perde sa cohérence : « Le résumé du Copil laisse supposer qu’il y aura effectivement trois hôpitaux. »
Des annonces surprenantes
Les praticiens disent également avoir été surpris par certaines annonces évoquant des activités autour d’un bloc opératoire rénové à Saint-Affrique. « Je suis un peu surpris. Je ne sais pas ce qu’il y a derrière. Ça soulève plus de questions que ça n’apporte de réponses. »
Cette prise de parole ne traduit toutefois pas une opposition au futur établissement. Au contraire, les médecins réaffirment leur attachement au projet d’origine, auquel ils disent avoir largement contribué. Ils restent convaincus qu’un hôpital neuf, doté d’un plateau technique moderne, constituera un levier d’attractivité pour recruter de nouveaux praticiens. « On l’espère. Un établissement neuf, avec des équipements modernes, c’est quand même plus attractif que des établissements vieillissants. »
Demande de clarification
Estimant que les orientations récentes créent un climat d’incertitude, renforcé par le prochain départ de l’équipe de direction qui portait le dossier, la communauté médicale demande désormais à être reçue rapidement par le président du conseil de surveillance du centre hospitalier de Millau et par le directeur général de l’Agence régionale de santé. L’objectif ? Obtenir des clarifications sur la poursuite d’un projet qu’elle souhaite voir rester fidèle à sa philosophie initiale.



