Frontignan : des fouilles archéologiques sous la plage pour trouver les premiers habitants
Frontignan : fouilles sous la plage pour trouver les premiers habitants

Du 28 au 30 septembre, des archéologues et des géomorphologues ont prélevé des sédiments jusqu'à six mètres de profondeur sous la plage de Frontignan, dans l'Hérault, pour tenter de trouver des traces des premiers habitants du littoral, datant du Néolithique. Cette opération fait suite à la découverte, par des habitants, de quelque 600 tessons de céramique rejetés par la mer.

Une équipe pluridisciplinaire à la recherche des premiers Néolithiques

Sur la plage, au bout de l'impasse du Front de mer, les chercheurs se sont attroupés autour d'un carottier à percussion, mardi 29 septembre. Depuis la veille, ils prélèvent des sédiments jusqu'à six mètres sous le niveau de la mer. Une collègue, agenouillée sur une bâche, entourée d'outils, prend des mesures à quelques mètres de là.

L'équipe réunit Claire Manen, archéologue du CNRS spécialiste du début du Néolithique, Benoît Devillers, géomorphologue et maître de conférences à l'université Paul-Valéry, Thibault Lachenal, protohistorien au CNRS, Frédéric Leroy, directeur adjoint du DRASSM, et Clothilde Mellon, doctorante. Leur objectif est de déceler d'éventuelles traces de présence humaine remontant au Néolithique.

Des carottages pour comprendre l'évolution du paysage

« Il s'agit d'une première fouille exploratoire, explique Claire Manen. Les carottages nous permettent de récupérer toutes les séquences sédimentaires. Nous allons ensuite réaliser des datations carbone pour comprendre l'environnement de la plage, l'évolution du paysage et du trait de côte, et trouver d'éventuels témoignages de la présence humaine au début du Néolithique. »

Selon les financements, ces analyses prendront d'un mois à un an et demi. Si les résultats le justifient, les fouilles pourraient descendre plus bas encore, « jusqu'à neuf mètres sous le niveau de la mer, voire en mer », ajoute Benoît Devillers.

Des découvertes de céramique à l'origine du projet

Tout est parti, au début des années 2000, de découvertes de fragments de céramique par des habitants du quartier, rejetés par la mer, datés de 7 500 ans avant J.-C. Aucune fouille archéologique n'est cependant engagée. C'est en janvier 2026 que Carole Briffaud, directrice des archives municipales et responsable du patrimoine, parvient à faire venir l'éminente chercheuse à Frontignan. Elle lui présente une collection de près de 600 pièces, constituée grâce aux trouvailles des habitants. Une partie est visible au musée municipal, le reste est conservé dans les réserves.

Ces fragments de poterie relèvent de la période cardiale, reconnaissable à ses motifs en relief obtenus en pressant un coquillage dans l'argile fraîche avant cuisson. Ce style se retrouve sur tout l'arc méditerranéen, du sud de la France et de l'Italie jusqu'au Portugal.

« C'est un miracle de les avoir trouvées, souligne Claire Manen. À présent, il faut comprendre d'où viennent ces pièces et pourquoi elles ont été retrouvées sur cette plage. C'est le début du travail. »

Vers une meilleure compréhension des premières sociétés agropastorales

L'équipe pluridisciplinaire espère retrouver l'ancienne ligne de rivage pour situer précisément ces populations. Pour Claire Manen, un tel corpus de fragments montre en tout cas « qu'il y avait des habitants par ici du Néolithique ».

Coquilles, végétaux, graines, pollens, charbon de bois… Les prélèvements détermineront les orientations de la suite des recherches. Dans tous les cas, chaque indice trouvé sera une avancée dans la recherche pour mieux appréhender ces premières sociétés agropastorales.

C'est dans l'Hérault que la présence la plus ancienne du Néolithique a été trouvée sur le littoral, notamment à Portiragnes, où deux sites ont fait l'objet de fouilles. Celles-ci ont permis de déterminer l'implantation de petites communautés qui pratiquaient l'agriculture, l'élevage et la poterie, preuves d'une sédentarisation de plus ou moins longue durée, avant de nouveaux déplacements, comme en atteste leur présence dans d'autres sites.