La Journée nationale de l'eczéma (ou dermite atopique) est célébrée ce samedi 6 juin. À cette occasion, Midi Libre a donné la parole à Hippolyte, un Montpelliérain de 29 ans qui souffre de cette maladie inflammatoire depuis sa naissance. Nous avons également interrogé Manuelle Viguier, dermatologue à Reims, pour mieux comprendre cette pathologie.
Un combat de tous les instants
« Quand je suis né, j'avais des plaques d'eczéma sur quasiment tout le corps », raconte Hippolyte. Nourrisson, il pleurait sans cesse et se grattait jusqu'au sang. Sa mère, désemparée, a tenté des approches alternatives, comme consulter un coupeur de feu, en complément des crèmes grasses. « Il a passé une heure à mettre ses mains au-dessus de moi, de mon visage, sur mes plaques. Et là, mon eczéma s'est en partie résorbé », se souvient-il.
Avec le temps, les plaques ont diminué, mais elles réapparaissent en cas de fatigue ou de froid. La dermatite atopique a migré : d'abord sur les avant-bras et les genoux, puis les paumes et le nez, et aujourd'hui principalement sur les doigts.
Le poids du regard des autres
Au-delà de l'inconfort physique, les maladies de peau comme l'eczéma, le psoriasis ou la dermite séborrhéique ont des conséquences sociales. Hippolyte souffre également de psoriasis. « En général, tu vois bien les plaques, donc tu grattes et ça te fait des pellicules. Le nombre de gens qui disent, sans aucune délicatesse : 'Ah, tu as des pellicules'. Bah oui, et je n'y peux rien. J'essaye de tout faire pour ne pas en avoir, c'est pas que je ne me lave pas ou que je suis sale. C'est juste ma peau qui réagit », explique-t-il.
Ses doigts « un peu violacés » attirent aussi les regards. « Les gens vont regarder et se dire : 'Qu'est-ce qu'il peut avoir comme souci ?' », ajoute-t-il, comparant sa situation à celle de Jean-Luc Reichmann et sa tache de vin.
Eczéma, psoriasis, dermite séborrhéique : quelles différences ?
Manuelle Viguier, dermatologue et vice-présidente du Groupe de recherche sur l'eczéma atopique (Great) de la Société française de dermatologie, explique les distinctions. L'eczéma se caractérise par des lésions rouges, vésiculeuses, suintantes et croûteuses au niveau des plis des coudes et des genoux, avec de fortes démangeaisons et une peau sèche. Il apparaît généralement entre 3 et 6 mois de vie et tend à disparaître avec l'âge, mais plus il a été précoce et sévère, plus il risque de persister à l'âge adulte.
Les personnes souffrant d'eczéma présentent des mutations du gène de la filaggrine, une protéine essentielle à l'imperméabilité cutanée. Cette anomalie n'est pas retrouvée dans le psoriasis, où ce sont d'autres protéines inflammatoires qui sont touchées. Le psoriasis se manifeste par des plaques rouges, épaisses, couvertes de squames, au niveau des coudes, genoux, bas du dos et cuir chevelu, apparaissant plutôt à l'adolescence. La dermite séborrhéique, elle, se traduit par des rougeurs et des pellicules du cuir chevelu, parfois entre les sourcils et sur les plis nasogéniens.
Les traitements diffèrent : les biothérapies pour le psoriasis existent depuis plus de quinze ans et permettent une disparition des lésions, tandis que celles pour l'eczéma ne sont disponibles que depuis 2017. Aujourd'hui, 40 % des patients eczémateux ne guérissent pas complètement, mais trouvent un soulagement.
Des astuces pour « limiter la casse »
Pour gérer son eczéma, Hippolyte a adopté des habitudes : il utilise des gels douche au pH neutre et hydrate abondamment sa peau. Il reconnaît que sa situation financière l'aide : « Quand tu as 18 ans, que tu vois qu'un tube de crème vaut 26 euros, tu te dis que tu peux te gratter. Désormais, je peux aller en pharmacie, ça ne me dérange plus. »
Il se dit soulagé que son eczéma se soit atténué avec le temps. « Les démangeaisons, c'est quelque chose qui énerve. Sur le long terme, ça tape sur le système. J'ai une peau compliquée, mais je sais désormais comment la soulager », conclut-il sereinement.



