Le cardiologue Emad Loucif tire la sonnette d'alarme pour l'hôpital de Saint-Affrique
Le docteur Emad Loucif, cardiologue et président du Groupement de coopération sanitaire (GCS) du centre hospitalier Émile-Borel à Saint-Affrique, exprime ses plus vives inquiétudes concernant l'avenir de l'établissement. Il demande avec insistance le maintien de tous les services et alerte sur la dégradation progressive de l'offre de soins dans ce territoire aveyronnais.
Un groupement de coopération sanitaire en péril
Le GCS regroupe actuellement sept médecins libéraux : deux ophtalmologues, un cardiologue, deux gastro-entérologues, un neurologue et un oto-rhino-laryngologiste. « Durant la campagne électorale, personne n'a dit qu'il fallait garder le GCS », déplore Emad Loucif, soulignant le manque de soutien politique pour cette structure essentielle.
Le cardiologue interprète les résultats des dernières municipales comme un signal fort de la population : « Les citoyens, à travers le taux de participation et le plébiscite, ont montré que la population était attachée à la survie du bassin ainsi qu'au maintien d'une offre de soins ». Il insiste particulièrement sur les besoins d'une population qui vieillit inexorablement d'année en année.
L'incertitude autour du projet d'hôpital commun
Alors que l'ouverture d'un futur hôpital commun entre Saint-Affrique et Millau est régulièrement évoquée, les dates ne cessent de fluctuer entre 2029, 2030 et 2032. « L'agence régionale de santé et les élus ont toujours affirmé que durant cette période intermédiaire on ne toucherait à rien », rappelle le président du GCS.
Pourtant, il constate amèrement que « l'on est en train de développer l'offre de soins à Millau et que l'on est en train de fermer petit à petit Saint-Affrique ». Il évoque l'exemple de l'hôpital de Tarbes-Lourdes, dont le budget a explosé de 207 à plus de 400 millions d'euros, laissant planer le doute sur la réalisation effective du projet aveyronnais.
Des départs de médecins préoccupants
La situation du personnel médical est particulièrement alarmante selon Emad Loucif :
- Quatre gériatres sont partis, dont deux avec 35 ans d'expérience
- Trois urgentistes ont quitté l'établissement
- Le service de pharmacie fonctionne avec des effectifs réduits
- Le laboratoire a été plusieurs fois menacé
- Les prises de sang ont été fragilisées suite au départ d'une infirmière
« Faire partir des gériatres dans cette période où on nous parle de problème de démographie médicale est incompréhensible », s'indigne le cardiologue. Il précise que les remplaçants coûtent quatre fois le salaire des titulaires, alors que la dette cumulée de l'hôpital atteint 6 millions d'euros sur les deux dernières années.
Un besoin urgent de stabilité
Pour la période intermédiaire avant l'éventuelle construction du nouvel hôpital, Emad Loucif réclame « une stabilité sur cinq ou six ans pour recruter de nouveaux médecins, payés comme partout ailleurs ». Il estime essentiel de maintenir :
- Un service de médecine avec une vingtaine de lits
- Un service d'urgences fonctionnel
- Une imagerie performante
« Aujourd'hui, il n'y a aucun écrit disant qu'il faut garder le SMUR et les urgences », déplore-t-il, soulignant l'absence de garanties formelles.
L'hôpital Émile-Borel comme atout pour l'avenir
Le président du GCS défend une vision pragmatique : « Conserver l'hôpital Émile Borel tel qu'il est, c'est un atout pour le futur hôpital commun parce qu'il y aura déjà les médecins sur place ». Il lance un appel pressant : « Laissez-nous nous développer ! »
Sa position est claire : « Si l'hôpital commun voit le jour, on se réunit. Si l'hôpital ne voit pas le jour, on aura sauvé Émile Borel ». Il rappelle que les besoins de la population se concentrent essentiellement sur la médecine générale, la gériatrie, les urgences et les consultations avancées.
Face aux projets de créer un pôle unique sur les deux sites, Emad Loucif reste vigilant et continue son combat pour préserver l'accès aux soins dans le bassin de Saint-Affrique, convaincu que la population mérite mieux que des promesses sans cesse repoussées et une dégradation progressive des services hospitaliers.



