Le pape Léon XIV entame sa première grande tournée internationale en Algérie
Le pape Léon XIV a débuté lundi sa première grande tournée internationale depuis son élection, avec une étape historique en Algérie. Dès son arrivée dans ce pays musulman, le pontife a lancé un appel vibrant au « pardon », marquant ainsi le ton de sa visite de deux jours. Cette tournée de onze jours le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, couvrant un périple de 18 000 kilomètres.
Un contexte international tendu par les critiques de Donald Trump
La visite du pape a été perturbée avant même son commencement par de vives critiques du président américain Donald Trump. Dans l'avion reliant Rome à Alger, Léon XIV a répondu aux journalistes qu'il n'avait pas « l'intention d'entrer dans un débat » avec Trump et qu'il n'avait pas « peur » de son administration. Dans un contexte international marqué par la guerre au Moyen-Orient, Trump s'est livré à une violente diatribe contre le pape, déclarant ne pas être « un grand fan » de lui.
« Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère », a écrit Trump sur son réseau Truth Social. En réponse, les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Église catholique. La Première ministre italienne Giorgia Meloni, pourtant proche de Trump, a souhaité un voyage fructueux au pape, dans un geste interprété comme un soutien.
Hommage aux martyrs et appel à la réconciliation
Lors de son premier jour en Algérie, Léon XIV a rendu hommage aux victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962) devant le monument des martyrs à Alger. Sous une pluie fine et une sécurité renforcée, le pape, visiblement ému, a déposé une gerbe de roses blanches et observé un moment de recueillement silencieux.
« La paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon », a-t-il déclaré en anglais, appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ». Cette reconnaissance de la douloureuse histoire nationale, marquée par la colonisation française à partir de 1830 avec ses tueries massives et déportations, a été saluée comme un geste fort.
Célébration interreligieuse et visite de sites emblématiques
L'après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée d'Alger, avec son minaret de 267 mètres, le plus haut du monde, avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, un site chrétien surplombant la baie d'Alger. Une célébration interreligieuse a réuni chrétiens et musulmans, où le chef des 1,4 milliard de catholiques a lancé un appel à la fraternité. Dans un pays où l'islam sunnite est religion d'État et les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population de 47 millions d'habitants, ce moment a revêtu une dimension symbolique particulière.
Pour cette visite historique, Alger a décoré ses routes de fleurs et de drapeaux jaune et blanc du Vatican, bien qu'aucun bain de foule n'ait été prévu. Lundi, Léon XIV s'est également recueilli en privé dans la chapelle des 19 « martyrs d'Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la guerre civile (1992-2002).
Un pèlerinage personnel à Annaba et l'héritage de Saint Augustin
Mardi, le pape se rendra à Annaba, près de la frontière tunisienne, sur les traces de Saint Augustin (354-430), évêque de l'antique Hippone et grand penseur chrétien. Léon XIV a souligné que ce voyage en Algérie « est très spécial », ajoutant que Saint Augustin, dont l'héritage irrigue son pontificat, est « un pont très important dans le dialogue interreligieux ».
Après son élection en mai 2025, Léon XIV s'était présenté comme « un fils de Saint Augustin », en référence à l'ordre qu'il a dirigé. Avant de devenir pape, Robert Francis Prevost s'était rendu deux fois en Algérie en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.
Cette tournée internationale, la première du pape de 70 ans, s'annonce comme un moment clé pour le dialogue et la réconciliation, malgré les tensions politiques externes.



