En République démocratique du Congo (RDC), la ruée vers l'or dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri a des conséquences dramatiques sur la forêt tropicale et la santé publique. Une étude publiée le 24 juillet 2024 dans la revue One Health révèle que l'exploitation minière artisanale illégale, souvent menée dans des zones reculées, est directement liée à la déforestation et à la propagation du virus Ebola.
Une déforestation massive liée à l'orpaillage
Selon les chercheurs de l'Université de Kisangani et de l'Université de Gand, entre 2000 et 2020, la région a perdu plus de 2,5 millions d'hectares de forêt tropicale, soit l'équivalent de la superficie du Rwanda. L'extraction de l'or est responsable de 30 % de cette déforestation, principalement due à l'abattage des arbres pour accéder aux gisements et à l'utilisation de techniques destructrices comme le brûlage.
L'étude s'appuie sur des images satellite et des enquêtes de terrain. Elle montre que les zones d'exploitation aurifère ont augmenté de 60 % en dix ans, avec plus de 200 000 orpailleurs illégaux actifs dans les deux provinces.
Un lien direct avec l'épidémie d'Ebola
Les scientifiques ont également établi un lien entre cette ruée vers l'or et les épidémies d'Ebola. « Les orpailleurs entrent en contact avec des animaux sauvages, notamment des chauves-souris, qui sont des réservoirs naturels du virus », explique le Dr. Jean-Pierre Kambale, co-auteur de l'étude. « Ensuite, ils retournent dans leurs communautés, propageant la maladie. »
La RDC a connu 14 épidémies d'Ebola depuis 1976, dont les plus récentes dans le Nord-Kivu et l'Ituri (2018-2020) ont fait plus de 2 200 morts. L'étude estime que 40 % des cas d'Ebola dans ces régions sont liés à l'activité minière.
Des conséquences sanitaires et environnementales
La déforestation aggrave également la vulnérabilité des populations. La perte de couvert forestier réduit les ressources en eau et en nourriture, forçant les habitants à se déplacer et à s'installer dans des camps miniers surpeuplés, où les conditions d'hygiène sont déplorables. « Cela crée un terrain fertile pour les épidémies », souligne le rapport.
L'étude recommande une régulation stricte de l'exploitation minière, un renforcement des contrôles sanitaires dans les zones d'orpaillage et une sensibilisation des communautés aux risques de transmission des maladies.
Le gouvernement congolais, qui tire une partie de ses revenus de l'exportation d'or, a promis de lutter contre l'exploitation illégale. Mais les experts estiment que sans une action coordonnée, la situation risque de s'aggraver, avec des conséquences désastreuses pour la santé publique et l'environnement.



