À Montpellier, les tardigrades, ces animaux microscopiques aux capacités de résistance exceptionnelles, ouvrent des pistes de recherche aussi fascinantes qu'inattendues. Myriam Richaud, maître de conférences à l'Université de Montpellier et chercheuse au CNRS, et Simon Galas, professeur des universités et chercheur au CNRS, les étudient depuis treize ans à l'Institut des biomolécules Max Mousseron. Ils leur consacrent un livre, Incroyables tardigrades, paru le 16 septembre dernier.
Des gènes qui transmettent une résistance à d'autres animaux
Les chercheurs montpelliérains ont transféré un gène propre au tardigrade à Caenorhabditis elegans, un petit ver utilisé comme modèle en laboratoire. Résultat : « Il vit sa vie totalement normalement par rapport aux autres, sauf que, comme par magie, il résiste aux rayons X qui sont mortels pour lui », explique Simon Galas. Le ver vit également plus longtemps et résiste davantage au stress oxydant.
Une application prometteuse pour la radiothérapie
Des expériences menées sur des modèles de mammifères explorent l'utilisation de protéines de tardigrades pour protéger les tissus sains exposés aux rayonnements lors de traitements anticancéreux. Selon Simon Galas, il s'agit de l'une des applications actuellement les plus avancées.
Conserver des médicaments sans congélateur à – 80 °C
Aux États-Unis, certains laboratoires travaillent déjà avec certaines protéines de tardigrades pour conserver des médicaments à l'état déshydraté plutôt qu'au congélateur à – 80 °C. À moyen terme, cette piste pourrait notamment permettre de conserver certains vaccins sous forme déshydratée.
Un jour, protéger les astronautes
L'idée reste très lointaine, mais Myriam Richaud évoque la possibilité « d'imaginer un complément alimentaire que pourrait prendre Thomas Pesquet pour résister aux rayons (cosmiques, NDLR) et aller plus loin ». Les chercheurs s'intéressent notamment à des gènes de tardigrades capables de protéger contre les protons, que Simon Galas présente comme représentant environ 80 % des rayonnements cosmiques auxquels les astronautes seraient exposés lors d'un voyage vers Mars.
Des milliers de gènes uniques
Chez l'une des espèces étudiées à Montpellier, près de 5 000 gènes, soit environ 40 à 41 % du génome, ne se retrouvent chez aucun autre animal connu. Avec quelque 1 500 espèces déjà décrites, le potentiel est immense : « Si chaque espèce de tardigrade a un stock de 5 000 gènes uniques, ça fait 5 000 fois 1 500, ça commence à faire pas mal », résume Simon Galas. De quoi occuper les chercheurs encore longtemps : « On est surpris en permanence. C'est très agréable car à chaque expérimentation, on est obligé de n'avoir aucun a priori », confient-ils.