Il arrive que l'on tienne compte des erreurs du passé. Hier, avec le bouclier tarifaire, le gouvernement avait largement dispensé ses largesses pour compenser les hausses de prix de l'énergie. Tout le monde en avait profité, et ce, trop longtemps. Les finances publiques en avaient souffert à hauteur de milliards, et le bon sens pas moins : pourquoi avoir aidé au même titre et avec la même ampleur des Français dont les besoins et les niveaux de vie n'avaient rien à voir les uns avec les autres ?
Des aides carburant ciblées
Le gouvernement Lecornu, aujourd'hui, s'est gardé de pareille erreur. Aidé, certes, dans cette vertu de fraîche date par l'état déliquescent de ses marges de manœuvre budgétaires. Face aux prix rarement atteints par les carburants, il a procédé à des aides qu'il souhaite limitées dans le temps et surtout ciblées au profit d'activités que menacerait la conjoncture : routiers, pêcheurs, travailleurs sociaux gros rouleurs, taxis...
Au nom d'une pseudo-égalité, le Rassemblement national réclame tout le contraire : une baisse de la TVA, une mesure générale profitant à tous les ménages qui, outre son coût faramineux, aurait le paradoxal effet de soutenir la demande de carburant et, ce faisant, l'augmentation des prix du pétrole. La contrainte budgétaire et une logique de justice sociale ont heureusement conduit le pouvoir à cibler des publics prioritaires.
Une « victoire contre la précarité » ?
On comprend d'autant moins que le même gouvernement, dans un tout autre secteur, a suivi une politique radicalement inverse. Depuis début mai, les repas servis par les restaurants universitaires du Crous sont à 1 euro au profit de tous les étudiants, sans condition. Jusqu'alors, ce tarif profitait aux seuls étudiants boursiers ou à ceux dont la situation de précarité était avérée, soit 700 000. Les autres payaient 3,30 euros. Désormais, ils sont 3 millions à profiter du nouveau régime. L'État a débloqué 50 millions supplémentaires alloués pour la fin de l'année et 120 millions pour l'an prochain.
Un grand merci au Parti socialiste à qui l'on doit cette formidable avancée sociale mettant fin à cette humiliante scission entre catégories d'étudiants : précaires et boursiers contre plus aisés, jusqu'aux nantis. Les premiers n'y gagneront rien, hélas ! Mais on est tout de même prié de saluer cette « victoire contre la précarité ». Elle a été arrachée à Sébastien Lecornu en échange de la non-censure du budget par le PS.
Un égalitarisme contestable
Tous égaux face à la faim, à l'alimentation, au service public ! Un égalitarisme qui pourrit durablement les esprits du PS, lequel se moque des inconséquences sociales de pareille posture mais s'attache, tant qu'à faire, à complaire à son jeune électorat potentiel.
C'est le même état d'esprit qui conduit la gauche à refuser obstinément la hausse des droits d'inscription à l'Université, appauvrissant ainsi un secteur d'avenir bien démuni et empêchant que davantage de boursiers en bénéficient. Ce qu'on appelle une politique de gauche.
Le bac pour tous mis à mal
Parions qu'on n'aura sûrement pas longtemps à attendre avant que cette gauche et les syndicats d'enseignants de son obédience se révoltent contre les propos tenus par le nouveau ministre de l'Éducation nationale (Le Figaro du 7 mai). Voilà un homme qui annonce qu'il y aura moins de reçus au brevet des collèges suite aux instructions données, qu'il préfère avoir moins de bacheliers plutôt que de leur mentir sur leur niveau et nourrir leur frustration dans la suite de leur parcours, qu'un raisonnement mathématique juste mais mal rédigé ne vaudra plus 20 sur 20...
Mais pour qui, diable, se prend cet Édouard Geffray pour piétiner la grande fierté nationale d'un bac pour tous et l'égalité de tous dans un système scolaire distribuant ses parchemins au plus grand nombre, quels que soient le niveau de chacun et sa maîtrise du langage ? Sa prétention d'améliorer le niveau en français et en mathématique ne cache-t-elle pas une discrimination sociale ?
L'égalité, passion nationale
L'égalité, notre passion nationale, sera notre compagne de la campagne présidentielle à venir. Tout y ramène : le niveau des retraites, l'indexation des salaires, les subventions, le logement, les impôts, les coups de pouce... autant de débats explosifs, hélas propices à toutes les démagogies.



