Le 28 juillet 2022, Catherine Guillouard, alors PDG de la RATP depuis cinq ans, annonce sa démission à Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée. Sa mère vient de subir un grave accident vasculaire cérébral. La dirigeante choisit de devenir aidante, une décision rare à ce niveau de responsabilités.
Un choix personnel et professionnel bouleversant
Dans un entretien exclusif à L'Express, Catherine Guillouard raconte ce moment : « J'ai fait toute la transparence sur ma décision. Alexis Kohler a fait preuve d'une très grande humanité. J'étais extrêmement émue et il a reporté son rendez-vous suivant. » Bien qu'il lui propose de nommer un numéro 2, elle écarte cette solution : « Mes parents vivaient à 800 kilomètres, je suis fille unique et ma "petite famille" avait éclaté. Quand vous êtes PDG du groupe RATP, vous ne pouvez pas l'être à moitié. »
Elle quitte officiellement ses fonctions en septembre 2022. Dans une lettre aux salariés, elle écrit : « J'estime que l'investissement total et H24 que réclame la direction de cette belle entreprise n'est plus compatible avec le poids des obligations familiales. » Malgré cette transparence, des rumeurs circulent : certains pensent qu'elle a été remerciée par le gouvernement ou qu'elle est malade.
Le tabou des aidants en France
En France, 11 millions de personnes sont considérées comme aidants, selon les données du ministère de la Santé. Parmi elles, 58 % sont des femmes et seulement 32 % bénéficient d'un soutien extérieur, qu'il soit financier, logistique ou psychologique. Catherine Guillouard souligne : « Le nombre de personnes concernées est incroyablement élevé. Pour moi, la dépendance et la fin de vie devraient être tout en haut de l'agenda social de n'importe quel aspirant à la présidentielle. »
Elle-même a accompagné son père jusqu'à son décès en décembre 2024. Sa mère, contre toute attente, est toujours en vie : « Les médecins ne lui donnaient pas plus de 72 heures à vivre. Qui l'aurait cru ? Des expériences comme celles-là vous rendent très humble. »
Un bilan contrasté et un regret
Après son départ, Catherine Guillouard a conservé ses mandats d'administratrice, notamment chez Airbus. Elle admet avoir vécu un deuil professionnel : « Les deux premières années ont été très dures. Conseiller, ce n'est pas la même chose que diriger. » Son seul regret : ne pas avoir défendu son bilan auprès des médias. « Au moment de mon départ, je ne me suis pas tournée vers les journalistes pour défendre mon bilan. J'avais deux parents en déshérence totale à l'autre bout de la France, je n'avais pas le temps. »
Elle note que la RATP fait partie des rares entreprises à proposer un dispositif d'accompagnement des aidants. Malgré les difficultés, elle affirme : « Je n'ai aucun regret. »



