De nouveaux établissements de l’enseignement supérieur lucratif risquent de faire faillite cette année, alerte un rapport d’inspection qui pointe des contrôles « défaillants » par les autorités et formule des recommandations pour protéger les étudiants. Les défaillances d’établissements « devraient se poursuivre dans les prochains mois », prévient ce rapport publié vendredi des inspections générales des affaires sociales (Igas) et de l’éducation (IGESR). Les auteurs appellent les pouvoirs publics à « se mobiliser afin d’assurer le bon accompagnement des étudiants dans la poursuite de leurs études ».
Un secteur en pleine croissance mais fragilisé par l’endettement
Ce rapport, issu de la mission confiée aux inspections en mai 2025, vise l’utilisation des fonds publics et la qualité des formations dispensées dans ce secteur en pleine croissance, où l’année de scolarité peut coûter jusqu’à 10 000 euros. Selon les inspections, « cette dynamique de croissance s’est accompagnée d’un recours important à l’endettement, qui, combiné à l’exigence de rentabilité, conduit les écoles à devoir générer chaque année une trésorerie suffisante pour assurer la soutenabilité du modèle ». Elles ajoutent que « les niveaux de dette observés exposent aussi certains groupes à des fragilités financières accrues ».
Des dérives mises en lumière par une enquête journalistique
Les inspections avaient été saisies après les révélations du livre « Le Cube » de la journaliste Claire Marchal sur le géant du secteur Galileo Global Education, qui mettait en lumière des dérives : frais de réservation non-remboursables, classes bondées, heures de cours érodées et course aux rendements au détriment de la qualité. Les inspecteurs ont contrôlé ce groupe – détenu notamment par un fonds de pension public canadien – et Collège de Paris – détenu par les frères fondateurs et deux fonds d’investissement. Leur rapport a une portée « plus générale » sur le secteur.
Un constat préoccupant sur la qualité des formations
« La mission dresse un constat préoccupant : la qualité d’un grand nombre de formations délivrées apparaît insuffisante, les pouvoirs publics ne disposent d’aucune vision d’ensemble du secteur et les dispositifs d’évaluation et de contrôle présentent des défaillances significatives », résume le rapport. « Ces insuffisances font peser sur une partie des 400 000 étudiants du secteur lucratif privé, soit environ 15 % des étudiants, de nombreux risques : vitrine commerciale trompeuse, lacunes pédagogiques, promesses d’insertion non tenues, vie étudiante réduite au minimum », déplorent les inspecteurs, qui formulent 32 recommandations.
Des recommandations pour mieux réguler le secteur
Le rapport préconise d’exiger des groupes, dont la fermeture présente un risque « systémique », la présentation d’un plan pour la poursuite d’études des étudiants, d’interdire les labels « bachelor » et « mastère », sources de confusion avec les diplômes nationaux, ou encore d’assurer la transparence des résultats d’insertion professionnelle. Dans le journal Les Echos, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste se dit « globalement favorable » aux recommandations, qui rejoignent en partie le projet de loi de régulation du secteur, adopté en première lecture au Sénat le 1er juin. « Le but du jeu, c’est simplement d’écarter les voyous en col banc qui arnaquent les étudiants et décrédibilisent l’ensemble du secteur privé et pour lesquels on n’a aujourd’hui pas de moyens de vérifier la qualité de ce qu’ils proposent », ajoute le ministre qui espère que le projet de loi sera examiné à l’Assemblée en septembre.



