Un appel crucial pour briser le silence à Reims
Ce lundi 30 mars 2026, une initiative majeure a été lancée à Reims pour faire émerger la vérité sur des crimes sexuels commis au sein de l'Église catholique. Une association locale, avec le soutien explicite du diocèse, a lancé un nouvel appel à témoignages visant les victimes d'agressions sexuelles perpétrées par des prêtres du diocèse de Reims et des Ardennes.
Trois prêtres décédés au cœur de l'enquête
L'association Eclats, à l'origine de cette démarche, a déjà identifié 32 victimes de violences sexuelles commises dans ce diocèse durant leur minorité. Ces agressions sont principalement attribuées à trois prêtres aujourd'hui décédés : Daniel Prot, Jean-François Pinard et Peter Meulendijks. Cependant, le nombre réel de victimes pourrait être bien plus élevé, comme l'a souligné Guillaume Gellert, président de l'association Eclats.
Lors d'une conférence de presse conjointe avec l'archevêque de Reims, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, M. Gellert a révélé qu'entre les années 1960 et 1990, "des centaines d'enfants" ont fréquenté ces trois ecclésiastiques. Cette estimation alarmante montre l'ampleur potentielle des faits et la nécessité de cet appel à témoignages.
Un président victime qui brise l'omerta
Guillaume Gellert, âgé de 58 ans, a lui-même été victime de l'abbé Daniel Prot durant son enfance, lors d'une colonie de vacances dans les Vosges. Pendant des décennies, il a vécu avec une amnésie complète de cette période traumatisante, subissant de lourds traitements médicamenteux et des psychothérapies sans comprendre l'origine de son anxiété et de sa dépression chronique.
"Citer les noms des agresseurs, les lieux, les institutions, peut faire écho dans la tête des victimes", espère M. Gellert, soulignant l'importance de nommer les responsables pour aider les victimes à se reconnaître et à sortir du silence.
Un soutien institutionnel et psychologique
Pour accompagner cet appel à témoignages, l'association Eclats a signé une convention avec France Victimes 51, l'association d'aide aux victimes de la Marne agréée par le ministère de la Justice. Ce partenariat permet aux victimes qui se manifesteraient de bénéficier d'un soutien psychologique professionnel et gratuit.
Depuis sa création en 2017, la cellule d'écoute du diocèse de Reims-Ardennes a reçu les témoignages d'une trentaine de personnes, mettant en cause une vingtaine de prêtres depuis 1947. Actuellement, quinze victimes des trois prêtres cités par l'association Eclats sont accompagnées par l'Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation (Inirr).
Un contexte national de reconnaissance et réparation
L'Inirr, créée en 2021 par l'épiscopat français, a reçu plus de 1.800 demandes en quatre ans d'existence. L'an dernier, le montant moyen de ses réparations approchait les 37.000 euros. Un nouveau dispositif appelé "Renaître" doit succéder à l'Inirr au 1er septembre 2026, montrant l'évolution des mécanismes de prise en charge.
Mgr de Moulins-Beaufort a tenu à rappeler que "ceux et celles qui parlent ne fragilisent pas l'Église, mais aident à sortir de l'obscurité". Cette déclaration officielle marque un changement notable dans la posture de l'institution religieuse face à ces drames.
Cet appel à témoignages représente donc une étape cruciale dans le long processus de vérité et de réparation pour les victimes de pédocriminalité au sein de l'Église catholique dans la région de Reims et des Ardennes.



