Sans acte de décès après le suicide de son mari, une veuve de La Seyne otage de la lenteur administrative
Sans acte de décès, une veuve de La Seyne otage de l'administration

Le petit Charlie a perdu son papa en octobre dernier. Depuis, à cause d’un document administratif qui n’arrive pas, sa maman est dans une grande détresse financière. Une situation aberrante et difficile à gérer, en plus de son immense chagrin.

Une histoire de lenteur administrative aux conséquences inhumaines

Cette histoire illustre la lenteur et l’inflexibilité de nos administrations, avec des conséquences parfois inhumaines. Le 13 octobre 2025, Guillermo Prunier s’est donné la mort, à l’âge de 37 ans. Avec Anne, sa femme, ils avaient créé quelques années plus tôt Nethuns Diving, une société basée à Saint-Mandrier proposant des sessions de plongée en mer, en petits groupes. Ce jour funeste, il est parti seul sur la vedette de leur société, pour se rendre à 13 km au large du cap Cépet, au-dessus d’une fosse marine. Puis il s’est immergé et est descendu à plus de 1000 mètres de profondeur, comme en attestent les points GPS, avec l’intention revendiquée de ne jamais remonter à la surface. Des appels à son épouse et à des proches juste avant son geste, et des vidéos d’adieux et de son dernier plongeon, retrouvées sur une caméra laissée à bord, en témoignent. Les secours alors alertés sont même parvenus à le joindre in extremis, sans réussir eux non plus à lui faire changer d’avis ; et sont arrivés sur zone quand le mal était fait. Le choc a été d’autant plus dur que rien ne laissait présager ce passage à l’acte, selon son épouse qui nous a reçus à leur domicile de La Seyne, les yeux encore noyés de larmes et la voix toujours tremblante à l’évocation de son grand amour de 16 ans, et père de leur petit Charlie, 5 ans. « Je ne l’ai jamais connu dépressif, nous dit-elle. Les psychologues parlent d’une dépression silencieuse, qu’ils appellent aussi une dépression souriante. Et il a craqué, sans prévenir. »

La thèse du suicide « indiscutable »

Mais la vie doit continuer. « Pour notre fils. » Sauf qu’un mur se dresse devant la douloureuse nécessité de se reconstruire et de reprendre le cours normal des choses. « Son corps n’a jamais été retrouvé. L’enquête de la gendarmerie maritime a été classée sans suite, le suicide étant formellement et indiscutablement établi par des évidences : en plus des vidéos, il y a l’enregistrement de son appel d’adieu au Crossmed, une lettre à notre fils, un testament... » Seulement, plus de 7 mois après ce drame, personne n’a encore été en mesure de lui fournir l’acte de décès. Et sans acte de décès, les démarches les plus vitales sont au point mort : « Je ne peux pas être reconnue comme veuve, je n’ai droit à aucune aide, et je ne peux constitutionnellement pas vendre notre entreprise pour éponger les dettes ni bénéficier des assurances. »

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« Le terrifiant ultimatum de la banque »

Anne n’a plus aucun revenu, mis à part le RSA depuis février dernier. Les créanciers, eux, n’attendent pas : « La banque vient de me poser un ultimatum terrifiant : sans remboursement avant le 17 juin prochain, une saisie de notre bateau de plongée et de nos biens pourra être demandée. Mon crédit maison, les charges courantes et toutes les factures continuent de tomber chaque mois, sans que je puisse activer les assurances de prêt, qui restent totalement bloquées en l’absence de ce document. » Elle se retrouve pieds et poings liés face, même, à des détails aberrants : « Il m’est aujourd’hui impossible de résilier ne serait-ce que son propre forfait de téléphone portable ! » « La justice est en train de détruire ce qu’il me reste de vie par simple lenteur bureaucratique », se désole Anne, qui a alerté le président de la République, le garde des Sceaux, le préfet du Var et la présidente du tribunal judiciaire, sans effet pour l’instant. Cette effroyable torpeur administrative s’expliquerait par le fait que, en l’absence de dépouille, Guillermo est considéré comme porté disparu. Et, tout comme dans le cas d’une disparition inquiétante, il faudrait attendre 10 ans pour que la loi considère officiellement la mort de l’individu. Malgré autant d’éléments tendant, ici, à certifier le suicide ?

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« Les preuves sont sur le bureau du procureur »

À l’aide d’une avocate, Anne a alors déposé une requête en déclaration judiciaire de décès auprès du procureur de la République à Toulon. C’était le 12 février. Ce dernier, s’il considère lui aussi que le doute n’est pas permis, a le pouvoir de reconnaître enfin la disparition de Guillermo. « Je refuse que mon fils et moi soyons jetés à la rue parce qu’un papier officiel tarde à être signé alors que toutes les preuves sont sur le bureau du procureur. Je n’ai même pas pu organiser les obsèques de mon mari... Toutes ces formalités administratives, financières et juridiques d’une violence inouïe sont un frein terrible qui nous empêche, mon fils et moi, d’avancer dans notre deuil. » Son désespoir sera-t-il enfin entendu ?