Rapport accablant sur l'enquête Béthune : manque de moyens et délais excessifs
Rapport accablant sur l'enquête Béthune : manque de moyens

Un rapport accablant de l'Inspection générale de la Justice (IGJ) met en lumière les graves dysfonctionnements dans le traitement des accusations de viol sur mineure visant Jérôme Barella, principal suspect dans l'affaire Lyhanna. Commandée après la mort de la collégienne de 11 ans retrouvée le 4 juin dans le Gers, cette inspection révèle que l'enquête initiale à Béthune (Pas-de-Calais) « a pâti d'un manque de moyens » et de « délais manifestement excessifs ».

Des auditions non conformes aux préconisations

L'IGJ souligne que « l'audition de la victime n'a pas été effectuée selon les préconisations ministérielles faute de moyen à disposition des enquêteurs du commissariat de Béthune à cette époque ». La mère de la victime, alors âgée de 9 ans, s'était présentée à la police en octobre 2022 pour signaler un viol survenu deux ans plus tôt dans le Gers. Les inspecteurs pointent également un retard du parquet d'Auch pour saisir un nouveau service d'enquête.

Une expertise psychologique contestée

Les inspecteurs fustigent le recours à un psychologue non inscrit sur la liste des experts pour l'examen psychologique de la victime. Le rapport « non daté et non signé, s'apparente, dans sa méthodologie, davantage à un examen de la crédibilité de l'enfant, proscrit depuis la circulaire précitée de 2005 dans les suites de l'affaire dite d'Outreau ». Ce psychologue avait relevé des incohérences dans le récit de l'enfant, affaiblissant le dossier, qui a alors perdu son caractère « prioritaire ».

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Des imbroglios entre parquets

Lorsque le parquet de Béthune se dessaisit au profit de celui d'Auch, les problèmes s'enchaînent. « Un magistrat appelé à traiter de multiples procédures, ou confronté à d'incessants appels à la permanence, n'est pas toujours dans les meilleures conditions pour s'assurer de la bonne compréhension de ses instructions par l'officier de police judiciaire (OPJ) », notent les inspecteurs. Le dossier, envoyé à Auch, est d'abord renvoyé à Béthune sans explication. Un délai « manifestement excessif » de dix mois s'écoule avant qu'un nouveau service d'enquête ne soit saisi dans le ressort du tribunal d'Auch.

Un classement sans suite contestable

Le parquet d'Auch a classé l'affaire sans suite le 5 juin 2024 « sur compte rendu téléphonique » du gendarme, une pratique qui « mériterait d'être réinterrogée dans les dossiers de viol sur mineur », selon l'IGJ. Le même substitut du procureur a traité un an plus tard une autre procédure concernant la jeune Rosa, qui accusait également Jérôme Barella de viol, cette fois corroborée par une expertise médicolégale. Les inspecteurs estiment que cela « aurait pu conduire le magistrat à se questionner et à envisager de nouvelles investigations, voire d'ouvrir une information judiciaire ».

Un signalement perdu dans les spams

Le rapport de 40 pages révèle aussi un raté technique : l'Aide sociale à l'enfance du Tarn-et-Garonne avait envoyé un signalement en mars 2026 au parquet d'Auch concernant deux mineures affirmant avoir été agressées par Barella lors d'une soirée pyjama. Mais le mail a été considéré comme un spam par le logiciel de messagerie du parquet et n'est jamais parvenu.

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