Pourquoi je ne voterai pas la loi sur l'aide à mourir, par Dominique Potier
Pourquoi je ne voterai pas la loi sur l'aide à mourir

Alors que l'Assemblée nationale doit se prononcer définitivement ce 15 juillet sur un nouveau texte concernant la fin de vie, le député socialiste de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier invoque Paul Ricœur et la gauche dont il « rêve » pour pointer les risques de cette loi.

Une opposition fondée sur la philosophie de Paul Ricœur

Dominique Potier cite Paul Ricœur : « Et s'il est vrai qu'en certains cas extrêmes, qui rendent le suicide respectable, l'acte de se donner la mort devient celui qui fait coïncider, une seule fois, la vie et la mort, l'acte de vivre et l'acte de mourir – et s'il faut avouer que les pratiques clandestines d'euthanasie active sont inéradicables, et si l'éthique de détresse est confrontée à des situations où le choix n'est pas entre le bien et le mal, mais entre le mal et le pire – même alors le législateur ne saurait donner sa caution. »

Selon le député, cette « prudence radicale » aurait dû guider le législateur vers une loi d'exception complétant la fin de l'acharnement thérapeutique et la sédation profonde, dans le continuum philosophique des lois Claeys et Leonetti. Or, le texte actuel n'est pas une loi d'exception mais une « bascule ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une critique de la sacralisation du « choix »

Potier estime qu'une autre ligne idéologique a prévalu avec la « sacralisation du choix » comme nouveau catéchisme. Il qualifie cette approche d'illusion, au vu des injustices structurelles et des dérives observées dans d'autres pays. « Comme nous ne sommes pas des atomes dans l'univers mais des êtres interdépendants, ce ‘choix’ rompt symboliquement et pratiquement avec le caractère inconditionnel de la dignité humaine », écrit-il.

Il craint le risque d'une « société comptable où chacun, par de multiples abandons, sera conduit le moment venu à s'interroger sur la question de savoir si sa vie vaut le coût d'être vécu. »

L'appel à une gauche de la fraternité

Dominique Potier exprime son rêve d'une gauche qui proclame que « la société ça existe », reprenant la célèbre phrase de Margaret Thatcher « There is no society ». Il souhaite une gauche qui défende « l'interdit de donner la mort comme une limite fondatrice de notre droit ».

Il appelle également à une gauche qui rappelle que « sans égalité réelle, la liberté est une fiction bourgeoise » et que « sans accès effectif aux soins palliatifs, nous instituerions dans notre pays une rupture républicaine ». Il veut une gauche aux côtés des soignants, des personnes en situation de handicap, des plus précaires et des plus abandonnés socialement.

Une vigilance face aux intérêts médiatiques et financiers

Le député socialiste se dit vigilant quant au « sens de la puissance médiatique déployée pour faire triompher cette législation, et aux intérêts financiers en jeu ». Il rêve d'une gauche qui s'affranchisse du « mimétisme progressiste de la conquête infinie des droits individuels » et qui, face au « péril totalitaire », prenne la mesure de sa « tâche historique d'incarner un humanisme de résistance ».

Il cite l'exemple des travaillistes écossais qui, ce printemps, ont rejeté une loi similaire au nom de la « common decency ».

Dominique Potier, né en 1964 à Toul (Meurthe-et-Moselle), est agriculteur et membre du Parti socialiste. Il est député de la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle depuis 2012. Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n'engage pas la rédaction.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale