La cour d'appel de Paris a refusé mardi 23 juin 2026 de rouvrir l'enquête sur des accusations de viol portées par l'actrice Sand Van Roy contre le réalisateur Luc Besson. Le parquet avait pourtant requis la réouverture de l'enquête, suite à la présentation par la plaignante d'un élément matériel supplémentaire : des analyses ADN du sous-vêtement qu'elle portait le soir des faits dénoncés. Ce nouveau rebondissement dans l'affaire Besson, qui a trouvé une large caisse de résonance dans le mouvement #MeToo en France, pourrait ne pas être le point final. L'avocat de Sand Van Roy, Me Antoine Gitton, a annoncé à l'AFP se pourvoir « immédiatement en cassation ».
Pourquoi la justice a-t-elle refusé de rouvrir l'enquête ?
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a rejeté la requête en réouverture de l'information judiciaire concernant Luc Besson, a fait savoir ce mardi une source judiciaire à l'AFP. La justice a considéré que l'élément supplémentaire apporté par la plaignante n'était pas de nature à relancer l'investigation. Lors d'une audience à huis clos tenue le 2 juin, la procureure avait fait savoir qu'elle s'interrogeait sur « la question de la définition de charge nouvelle », selon les propos d'une source proche du dossier rapportés par l'AFP, et avait alors déclaré s'en remettre à la cour.
« Au terme de cette nouvelle audience, la chambre de l'instruction a écarté l'élément apporté par la partie civile. […] Nous nous félicitons que la justice ait refusé de rouvrir cette affaire déjà maintes fois jugée », a partagé dans un communiqué Me Thierry Marembert, l'avocat de Luc Besson.
Quel était cet « élément nouveau » ?
L'affaire Besson est pleine de rebondissements. Tout part d'une plainte pour viol déposée en 2018 par Sand Van Roy, alors âgée de 30 ans. Elle accuse le cinéaste, âgé à l'époque de 59 ans, de l'avoir violée le 18 mai 2018 dans l'hôtel Bristol à Paris, en lui imposant une pénétration digitale sans son consentement. Luc Besson conteste ces faits, estimant que les relations sexuelles étaient « absolument consenties ». Après une enquête préliminaire classée sans suite en 2018, une instruction a été ouverte en 2019 suite à la constitution en partie civile de Sand Van Roy, mais un non-lieu a été prononcé en 2021, confirmé pour la dernière fois en 2023 par le rejet du pourvoi en cassation.
Après ce non-lieu définitif, l'actrice a fait une demande de réouverture de l'instruction à la cour d'appel de Paris en 2025. Sans nouvel élément, cela aurait été voué à l'échec. Mais la plaignante a mis en évidence un nouvel élément : d'après les informations de Mediapart, elle estimait qu'une partie du string qu'elle portait à Bristol en 2018, le soir du viol dénoncé, n'avait « jamais été expertisé[e] de manière adéquate au cours de l'enquête ». Elle a donc fait faire des analyses en 2024 auprès du laboratoire médico-légal néerlandais. Il a été avancé que « l'ADN du mis en cause a été formellement retrouvé sur la partie postérieure » du sous-vêtement. Selon Mediapart, Me Antoine Gitton avait écrit dans la demande de réouverture que les analyses « invalident la thèse et la défense du mis en cause et corroborent, au contraire, de manière indubitable les faits relatés par la partie civile ».
Une décision à rebours des réquisitions écrites du parquet
Cette nouvelle piste avait d'abord suffisamment retenu l'attention du parquet pour qu'il estime envisageable, dans ses réquisitions écrites, une réouverture de l'enquête. En février 2026, le parquet général avait estimé que « les résultats obtenus paraiss[aient] de nature à corroborer la version présentée par la partie civile et contestée par [Luc Besson] », n'étant pas encore connus lors de la décision de non-lieu. Il avait ajouté : « Il existe un élément nouveau susceptible de caractériser des charges nouvelles », justifiant selon lui la réouverture de l'information judiciaire, rapporte Mediapart. Mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, à laquelle s'était remise la procureure lors de l'audience en juin, a décidé de ne pas suivre ces réquisitions.
Une justice complaisante ?
Cette décision, annoncée ce mardi, n'a pas manqué de faire réagir l'avocat de la partie civile, Me Antoine Gitton, qui a annoncé à l'AFP se pourvoir « immédiatement en cassation », avant de se dire « extrêmement serein pour la suite ». Il voit dans cette conclusion « une non-justice », dont lui et sa cliente ne peuvent pas se satisfaire. Il a indiqué qu'il « sera intéressant » d'observer la réaction du ministère public. Selon lui, « la cohérence voudrait qu'il suive sur ce pourvoi », en accord avec les réquisitions écrites. Mais l'avocat en a profité pour écrire, dans un communiqué, que le parquet général s'était « montré sinon duplice, en tout cas incohérent ». Il considère même qu'en allant à rebours des réquisitions écrites, la procureure « a requis en parfaite sympathie avec la défense de Luc Besson, en relativisant la signification de cette trace ADN ».
Selon Me Antoine Gitton, il y a derrière ce refus de la cour et plus généralement dans l'affaire Besson, « une volonté constante, tout au cours des enquêtes, d'anéantir les indices ou les charges qui accablent pourtant le mis en cause pour stigmatiser faussement la victime ». Du côté de la défense, cette non-réouverture est saluée. Me Thierry Marembert a tenu à rappeler qu'« entre 2018 et 2023, pendant les cinq années d'enquête, six procureurs de la République, deux juges d'instruction, trois juges de la cour d'appel, toutes des femmes, ont conclu que [Luc] Besson était innocent des faits qui lui étaient reprochés ».
En 2023, Sand Van Roy s'en est également remise à la Cour européenne des droits de l'Homme, considérant qu'elle avait fait l'objet d'une « victimisation secondaire », du fait d'errances dans l'instruction, comme le rappelle Mediapart. L'actrice avait aussi accusé Luc Besson d'autres viols et agressions sexuelles commis entre 2016 et 2018, lors d'une « relation d'emprise professionnelle ». Le producteur a lui dit regretter une relation extra-conjugale dans un contexte de « subordination ». Son avocat a précisé qu'au cours de l'enquête, aucun élément « n'a permis d'établir le défaut de consentement de la plaignante ». Par ailleurs, huit autres femmes avaient accusé le réalisateur de violences sexuelles, auprès de Mediapart.



