Le Théâtre national de Nice (TNN) fait marche arrière. À quelques jours du 10e anniversaire de l’attentat du 14 juillet 2016, l’établissement a annoncé, ce mercredi, l’annulation d’une lecture prévue samedi. En cause : l’opposition de victimes qui refusent de voir leur histoire utilisée sans leur accord. Une décision prise après plusieurs tentatives de médiation restées vaines.
Un texte inspiré du procès
La lecture concernait « En attendant le futur », un texte de l’avocate Olivia Chalus, inspiré de ses notes lors du procès des complices de l’attaque. L’œuvre s’appuyait sur des témoignages de victimes pour raconter l’horreur de la nuit du drame mais aussi les difficultés du parcours judiciaire et d’indemnisation. Un projet sensible, rapidement devenu source de tensions.
Victimes opposées à l’initiative
Tout s’est accéléré hier. L’association Life for Nice a adressé une mise en demeure pour exiger l’annulation de la lecture. Elle estimait que « La mémoire des victimes leur appartient avant d’appartenir au public ». Une position ferme, portée par une partie des survivants et des familles, qui ont dénoncé une appropriation de leur vécu sans concertation préalable.
Face à cette opposition, les discussions engagées entre hier et aujourd’hui n’ont pas permis de trouver de compromis. Le projet a donc finalement été abandonné. Le TNN et Olivia Chalus ont reconnu un blocage profond, où la question de la légitimité artistique s’est heurtée à la souffrance toujours vive des victimes.
Dans un communiqué commun, ils ont expliqué leur décision : « La difficulté de faire face à la douleur a fini par prendre le pas sur le projet lui-même ». Tous deux ont regretté aussi « l’érosion progressive de la liberté d’expression lorsque le risque d’offenser finit par rendre impossible toute représentation du réel ». Et d’assumer un choix lourd de sens : « Nous faisons aujourd’hui le choix du silence, non comme un renoncement ou une adhésion à la censure mais comme un geste pris dans sa propre tragédie ». Une manière de clore, au moins temporairement, un débat sensible entre mémoire, justice et création artistique.
La tragédie au cœur du débat
Le théâtre revendique pourtant le rôle de l’art face aux drames. « La tragédie est précisément le lieu où des vérités contradictoires se rencontrent sans pouvoir se réconcilier. Elle ne cherche ni à apaiser les conflits ni à distribuer les bons et les mauvais rôles, elle tente simplement de regarder en face ce qui nous déchire », rappelle le TNN. Malgré cette annulation, le sujet ne disparaît pas des planches niçoises. Une autre pièce est bien maintenue les 25, 26 et 27 juin. « Prom 14 », signée Thierry Vimal, aborde elle aussi l’attentat. L’écrivain y raconte la perte de sa fille de 12 ans, tuée ce soir-là, à partir de ses chroniques écrites pendant le procès. Une approche différente, mais tout aussi personnelle.



