Marc Bloch et son épouse entrent au Panthéon lors d'une cérémonie solennelle
Marc Bloch et son épouse entrent au Panthéon à Paris

Deux cercueils avancent lentement vers le fronton « Aux Grands hommes la Patrie reconnaissante ». Peu après 21 heures, la cérémonie d’entrée au Panthéon de Marc Bloch et de son épouse Simonne démarre dans une ambiance solennelle, au cœur de Paris. Historien majeur, soldat, résistant, il a été assassiné par la Gestapo en 1944. À ses côtés, Simonne Vidal, complice de toute une vie, l’accompagne symboliquement à la demande de la famille.

Arrivé quelques minutes plus tôt avec son épouse, Emmanuel Macron lance le rituel républicain au son de La Marseillaise. Une cérémonie chargée de sens qui rend aussi hommage à l’auteur de « L’Étrange défaite », texte clé sur la débâcle de 1940. Ses analyses résonnent encore aujourd’hui. Le président doit saluer « à la fois comme héros, combattant de la Résistance, intellectuel engagé et républicain, professeur historien, et comme conscience ».

Une mémoire incarnée… sans les corps

À la tombée de la nuit, un extrait du testament spirituel de Marc Bloch, écrit en 1941, retentit sur l’esplanade dans la voix de la comédienne Lou de Laâge : « Je me suis, toute ma vie durant, efforcé, de mon mieux, vers une sincérité totale de l’expression et de l’esprit. Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelques prétextes qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme ». Le ton est donné. Une exigence de vérité, toujours d’actualité.

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Au-dessus des tribunes bleues et rouges, le portrait de l’historien – moustache et fines lunettes rondes – domine la scène. Des élèves et étudiants sont présents, à quelques pas du lycée Louis-le-Grand et de la Sorbonne, où Marc Bloch a étudié puis enseigné, avant d’en être exclu par les lois antisémites de Vichy. Sous la coupole, responsables politiques et proches assistent à la cérémonie. Jacques Gamblin retrace sa vie, en partant de ses dernières heures dans la prison de Montluc, à Lyon, avant son exécution le 16 juin 1944.

Les cercueils ne contiennent pas les corps. Les descendants ont voulu que Marc Bloch repose toujours dans un village de la Creuse. Celui de Simonne, morte sous un faux nom à Lyon en juillet 1944, n’a jamais été retrouvé. À l’intérieur des cénotaphes, des objets symboliques : médailles, photos, lettres, et son testament spirituel. Une mémoire matérialisée, mais surtout transmise.

Macron, Bloch et la bataille des récits

Cette panthéonisation est la sixième du quinquennat d’Emmanuel Macron. Un choix assumé. Marc Bloch est « une référence intellectuelle » pour le président, selon ses proches. Fin 2024, il évoquait ce « témoin du désastre de 1940 » qui « écrivit pour les générations à venir le récit de cette + Étrange défaite +, celle de notre volonté française émoussée par le conservatisme, endormie par le conformisme, amollie par la bureaucratie, délaissée par une partie de ses élites ».

L’historien « dit quelque chose de notre époque », insiste Emmanuel Macron. Au Figaro, il souligne son rapport à la « vérité historique » alors que « le révisionnisme » est « partout ». Un message politique clair dans un contexte de tensions mémorielles. La famille, elle, a demandé que l’extrême droite soit « exclue » de la cérémonie, même si certaines invitations relevaient du protocole.

Tensions politiques et héritage disputé

Malgré cela, le débat s’invite dans l’hommage. À quelques heures de la cérémonie, Jordan Bardella rend hommage sur X à celui qui a su dresser « un réquisitoire implacable » contre « l’aveuglement d’une partie des élites françaises qui ont conduit notre pays à l’abîme en 1940 ». Réplique immédiate : Jean-Luc Mélenchon suggère que les fondateurs du parti lepéniste étaient justement du côté de cet « abîme ».

Du côté de la famille, le ton est plus ferme. « Le programme que défend l’extrême droite va totalement à l’encontre de Marc Bloch et pourtant, depuis une vingtaine d’années, l’extrême droite se met à le citer de façon permanente », déplore Matis Bloch, son arrière-petit-fils. Elle rappelle aussi son refus de toute « récupération communautaire » de ce juif athée, qui « n’avait foi qu’en une seule idée, la République ».

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Historien pionnier, cofondateur des Annales en 1929, Marc Bloch a révolutionné la discipline en l’ouvrant à l’économie, la sociologie et l’anthropologie. Résistant entré dans la clandestinité à Lyon en 1943, il est arrêté, torturé puis exécuté par la Gestapo en criant « Vive la France ». Jusqu’au bout, une vie fidèle à ses idées. Une mémoire qui, aujourd’hui encore, fait débat.