La justice française est devenue la plus sévère d'Europe pour juger les femmes ayant rejoint l'organisation État islamique (EI) en Syrie et en Irak. Selon une étude comparative, les peines prononcées en France sont nettement plus lourdes que dans les autres pays européens, avec des condamnations allant jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle.
Des peines sans équivalent en Europe
Alors que d'autres pays comme l'Allemagne, la Belgique ou le Royaume-Uni ont adopté des approches plus nuancées, la France a opté pour une ligne dure. Les « revenantes », ces femmes parties rejoindre l'EI, sont jugées pour association de malfaiteurs terroriste et, dans certains cas, pour complicité de crimes contre l'humanité. Les peines moyennes françaises sont deux à trois fois supérieures à celles de ses voisins.
Un traitement judiciaire différencié
Cette sévérité s'explique par plusieurs facteurs : une législation antiterroriste renforcée après les attentats de 2015, une volonté politique de dissuasion, et une opinion publique peu encline à l'indulgence. Les tribunaux français considèrent souvent que ces femmes ont adhéré à l'idéologie djihadiste et ont contribué au fonctionnement de l'organisation, même sans participation directe aux combats.
En revanche, des pays comme l'Allemagne ont mis l'accent sur la réinsertion, avec des peines plus courtes et des programmes de déradicalisation. La Belgique, de son côté, a prononcé des peines allant de 5 à 15 ans, bien en deçà des 20 à 30 ans français.
Des critiques sur l'équité des procès
Des avocats et des organisations de défense des droits humains dénoncent un traitement disproportionné. Selon eux, les femmes jugées en France sont souvent condamnées pour des actes qu'elles n'ont pas commis directement, comme le fait d'avoir vécu sous le régime de l'EI. « On juge leur adhésion idéologique plus que leurs actes », explique Me Sarah Maury, avocate de plusieurs revenantes.
De plus, les conditions de détention provisoire, parfois de plusieurs années, sont critiquées. Certaines détenues ont passé jusqu'à cinq ans en prison avant leur procès, ce qui allonge leur peine effective.
Un impact sur les enfants
Les enfants nés en zone de guerre sont également concernés. La France a rapatrié une partie des mineurs, mais les mères restent souvent jugées et incarcérées. Cela pose la question de la protection de l'enfance et du droit à une vie familiale. Les associations appellent à une prise en charge plus humaine.
En conclusion, la France fait figure d'exception en Europe par sa sévérité judiciaire envers les revenantes de l'EI. Si cette fermeté répond à une demande de sécurité, elle soulève des interrogations sur l'équité des procès et la réinsertion des condamnées.



