Le garde des Sceaux Gérald Darmanin plaide pour une réforme profonde de la justice et de l'aide sociale afin de mieux protéger les mineurs victimes de violences. Dénonçant un système « totalement défaillant », il se dit favorable à un juge unique des familles et à l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs, dans une tribune publiée dans « La Tribune dimanche ».
Un bilan accablant
Le ministre dresse un bilan accablant : en France, « un enfant est victime de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois minutes » et « dans près de 80 % des cas, l'agresseur est un membre de sa famille ». « Face à cette réalité », il annonce vouloir faire de la protection de l'enfance sa « priorité absolue dans les prochains mois » et appelle l'ensemble de la classe politique à « dépasser les clivages » pour agir rapidement.
Imprescriptibilité des crimes sur mineurs
Pour Gérald Darmanin, la justice doit franchir un cap historique. « Le temps est venu de consacrer l'imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs », écrit-il. Afin d'inverser une logique où les institutions laissent trop souvent une victime entre les mains de son bourreau dans l'attente de preuves parfaites, il plaide pour l'instauration d'un « principe de précaution » immédiat. Cette volonté s'incarnerait par un projet de loi, porté avec Stéphanie Rist, ministre de la Santé, instituant une « ordonnance de sûreté de l'enfant permettant au juge de protéger un mineur en attendant le résultat de l'enquête ».
Juge unique des familles
Le garde des Sceaux juge également indispensable de repenser l'architecture judiciaire et propose la mise en place d'un « juge unique des familles », qui serait « accompagné de procureurs spécialisés dans chaque tribunal ». Gérald Darmanin pointe de surcroît un dispositif de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) en grande souffrance. Affirmant que « notre système est totalement défaillant », il rappelle que « 380 000 enfants relèvent actuellement de ce dispositif » et que « leur espérance de vie est inférieure de vingt ans à celle du reste de la population ».
Une révolution culturelle nécessaire
Pour transformer en profondeur la société face à ces drames, il milite pour une « révolution culturelle » pour protéger les enfants comme si « la violence venait de la rue ». Selon la Ciivise, près de 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles en France. Au-delà des violences sexuelles, 60 mineurs ont été victimes de mort violente au sein de leur famille en 2022, selon l'Observatoire national de la protection de l'enfance, et 51 mineurs victimes d'actes de torture ou de barbarie en 2025 selon le ministère de l'Intérieur.



