Pourquoi les hommes ont-ils fréquenté les bordels jusque dans les années 1970 ?
Fréquentation des bordels par les hommes jusqu'aux années 1970

Jusque dans les années 1970, les maisons closes ont constitué un élément central de l'expérience masculine en France, servant à la fois de lieu d'initiation à la volupté pour les jeunes hommes et de sexualité « alternative » pour les pères de famille. Cette pratique, aujourd'hui difficilement imaginable, témoigne d'une époque où le recours à la prostitution était banalisé et même présenté comme indispensable à l'équilibre masculin.

Un lieu commun de l'initiation sexuelle

Dans son article publié le 23 juillet 2026, le journaliste Arnaud Gonzague rappelle que pendant une grande partie du XXe siècle, la maison close – ou sa variante tardive, la maison de passe – reste le lieu commun de l'initiation à la volupté pour les collégiens et lycéens, bien que théoriquement interdite aux mineurs. Elle sert ensuite de « sexualité d'attente » pour les hommes non mariés, selon l'expression de l'historien Alain Corbin dans son ouvrage « Les Filles de noce » (Flammarion, 1978).

Le cinéma de l'époque reflète cette normalité : dans « Baisers volés » (1968) de François Truffaut, le héros Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) monte avec une prostituée, puis en change si elle ne lui convient pas. Deux ans plus tard, dans « Domicile conjugal » (1970), le même personnage, marié et malheureux, se rend dans une maison de passe où il croise son beau-père. Une situation qui serait improbable dans un film contemporain.

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Un exutoire présenté comme nécessaire

Au XIXe siècle, l'amour vénal est présenté comme un exutoire indispensable à la libido masculine. Le Dr Parent-Duchâtelet, auteur d'une étude remarquée en 1836, déclare : « Les prostituées sont aussi inévitables, dans une agglomération d'hommes, que les égouts, les voiries et les dépôts d'immondices. » Cette comparaison choquante illustre le regard déshumanisant porté sur les femmes prostituées, considérées comme un mal nécessaire.

Cette vision a perduré jusqu'aux années 1970, où la fermeture des maisons closes en 1946 n'a pas mis fin à la pratique, mais l'a transformée en prostitution clandestine. L'article souligne que la fréquentation des bordels allait de pair avec un « autoaveuglement sur le sordide de la prostitution », occultant la violence et l'exploitation inhérentes à ce système.

Un héritage qui interroge la masculinité

Cette histoire s'inscrit dans la série « 3000 ans de masculinité » du journal, qui explore comment la virilité a été construite et vécue à travers les âges. L'épisode 25/29, intitulé « Pourquoi les hommes ont-ils fréquenté les bordels jusque dans les années 1970 ? », met en lumière la manière dont la sexualité masculine a été structurée autour de la disponibilité des corps féminins.

La question reste d'actualité : si la prostitution n'est plus officiellement tolérée comme un « besoin » masculin, les inégalités de genre persistent. L'article invite à réfléchir à la façon dont les normes de virilité ont historiquement justifié l'exploitation sexuelle, et à la nécessité de déconstruire ces schémas pour une société plus égalitaire.

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