Affaire Nègre : cinq femmes réclament 90 000 à 180 000 euros au ministère de la Culture
Affaire Nègre : des femmes demandent 90 000 à 180 000 euros

Audience au tribunal administratif : cinq femmes réclament des dommages et intérêts

Jeudi, cinq femmes ont saisi le tribunal administratif pour demander la condamnation de l'État. Elles reprochent au ministère de la Culture de ne pas avoir agi face à Christian Nègre, un ancien haut fonctionnaire mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les forcer à uriner en sa présence.

Lors de l'audience, leurs avocates ont réclamé une indemnisation comprise entre 90 000 et 180 000 euros chacune. Cependant, la rapporteure publique a préconisé une réparation d'environ 10 000 euros par plaignante. Elle a qualifié le comportement de Christian Nègre de « détestable », relevant d'une « faute personnelle » d'un « homme avec ses faiblesses, ses passions, ses imprudences », écartant ainsi la responsabilité du ministère.

Recommandations de la rapporteure

La rapporteure a suggéré d'ajouter 1 000 euros pour les « difficultés » persistantes de la vie quotidienne, comme le « manque de confiance », et a estimé à 10 000 euros le préjudice moral, incluant la « panique bien réelle » ressentie par les plaignantes. En revanche, elle a « écarté les autres préjudices », tels que « l'arrêt des activités sportives » ou « le préjudice sexuel » évoqué pour l'une d'elles, jugeant ces effets non « établis ».

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Réactions des avocates

Les avocates ont jugé ces sommes insuffisantes. Maître Lisanne Chamberland-Poulin a dénoncé : « Il a été question d'administration de diurétique pour contraindre à uriner et à exhiber son sexe. Ce n'est pas juste une blague, c'est la violation de l'intimité de toutes ces femmes. » Elle a souligné que cette « méthode de prédation a pu être mise en place grâce aux moyens du ministère ».

Maître Capucine des Ligneris a insisté sur une « vision sérielle » des faits : « sur huit ans », « une à trois femmes par semaine », « sur les heures de service », avec une circulation au sein et en dehors du ministère « où on le voyait ». La présidente du tribunal a indiqué que la décision serait rendue « dans deux, trois semaines ».

Soutien de Caroline Darian

Caroline Darian, cofondatrice de l'association M'endors pas et fille de Gisèle Pelicot, présente au tribunal « en soutien » aux requérantes, a fustigé « dix ans d'errance ». Elle a dénoncé l'absence de gestion au sein du ministère et estimé que l'affaire Nègre repose sur « la perversion », ajoutant que « les victimes avaient été humiliées ».

Témoignage d'une victime

Sylvie Delezenne, 45 ans, a confié : « J'ai l'impression d'avoir été piégée à différents niveaux. » En 2015, Christian Nègre l'avait contactée pour un « accompagnement » après qu'elle a indiqué chercher un emploi sur les réseaux. Reçue au ministère, elle a présenté ses papiers d'identité à l'accueil. Lors de l'entretien, le haut fonctionnaire lui a parlé « pendant deux heures » d'une opportunité au mont Saint-Michel avant de la conduire hors du ministère. Ne tenant plus à force de marcher, sans toilettes à proximité, elle a uriné « dans un tunnel ». Christian Nègre « la gronde », s'approchant d'elle « en prétextant la cacher avec une veste ». Elle a également pointé du doigt « la dame de l'accueil » : après l'entretien, elle a demandé l'infirmerie ou un registre de sécurité, mais on lui a répondu qu'il n'y en avait pas.

Maître Chamberland-Poulin a fustigé : « Le ministère aurait dû chercher à comprendre ce qu'il se passait et empêcher la réitération de ces entretiens. »

Position du ministère et des syndicats

Le ministère de la Culture n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP. L'intersyndicale des agents du ministère a exprimé « son soutien plein et entier à l'ensemble des victimes ».

Indemnisations précédentes et enquête en cours

En 2023, plusieurs femmes avaient obtenu une indemnisation, mais sans reconnaissance de responsabilité du ministère. L'une d'elles, présente à l'audience, a estimé que « 2023 était une victoire à moitié ». Son entretien en 2011 devait être « le rendez-vous de sa vie », mais elle a culpabilisé face à son envie intenable. En 2019, elle avait été convoquée par des policiers qui l'avaient identifiée sur un tableau Excel retrouvé dans l'ordinateur de Christian Nègre.

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La clôture des investigations pénales est attendue fin 2026, selon la procureure de Paris, qui avait décompté près de 250 victimes en février. Contactée, l'avocate de Christian Nègre n'a pas souhaité s'exprimer.