À Montpellier, le pôle d'enseignement des jeunes sourds (PEJS) de l'école maternelle Michel de l'Hospital affiche complet, laissant la famille de Liam sans solution pour la rentrée 2026. Laura et Clément ont quitté Reims pour que leur fils, âgé de deux ans et demi et sourd profond, puisse intégrer ce dispositif spécialisé. Mais leur projet s'effondre : « Ça fait plusieurs semaines qu'on nous dit qu'il est impossible d'accueillir notre enfant », déplore Laura, 25 ans.
Un dispositif saturé et des places insuffisantes
Laura, dont la famille est sourde sur six générations, dénonce un manque de places criant : la classe mixte du PEJS accueille 15 enfants entendants sur 22 élèves, ne laissant que 7 places pour les enfants sourds dans tout le département de l'Hérault. « En accueillant 15 enfants entendants dans cette classe de 22, on perd des places pour nos enfants sourds. 7 pour tout le département, c'est trop peu ! », s'agace-t-elle. Contactée, l'académie de Montpellier justifie que « le nombre d'élèves est volontairement limité à 7 afin de garantir la qualité des apprentissages et la mixité entre élèves sourds et élèves entendants », sans préciser pourquoi la classe accueille deux fois plus d'enfants entendants que de sourds.
Une place libérée, mais aucune admission possible
Avant de s'installer à Montpellier, la famille avait contacté l'école. La directrice avait prévenu que l'effectif était complet pour la rentrée 2026, tout en promettant de prévenir si une place se libérait. Quelques mois plus tard, Laura apprend par d'autres parents qu'une place est vacante. Mais l'école rétorque qu'« aucune nouvelle admission n'est envisagée pour la rentrée 2026-2027, même avec le départ d'un élève ». Sollicitée, l'école n'a pas répondu aux sollicitations de Midi Libre.
L'Éducation nationale propose une scolarisation ordinaire, les médecins s'y opposent
Par mail, l'inspectrice de l'Éducation nationale suggère aux parents que Liam peut rejoindre son école de secteur avec le soutien d'un accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH). Pourtant, l'ancien médecin traitant de la famille à Reims atteste qu'un accueil en milieu scolaire classique est impossible. À Montpellier, le nouveau médecin formule une « demande de scolarisation en PEJS car impossible en école ordinaire ». Les tests auditifs montrent que Liam est sourd profond, avec un taux d'incapacité de 80 %. « Contrairement à nous, même avec un appareil auditif, Liam ne sera jamais capable de comprendre ni de parler le français oral », insiste Laura. De plus, Liam ne supporte pas les appareils : « Ils lui ont causé otite sur otite, jusqu'à lui créer un trou dans le tympan », se désole-t-elle. Elle est catégorique : « Sa langue maternelle est celle des signes, elle doit être celle de son enseignement. »
Isolement et harcèlement : le spectre du passé
Pour Laura et Clément, une scolarisation classique est inenvisageable. « L'AESH serait juste là pour traduire les consignes mais nous, on veut qu'il puisse interagir avec les autres enfants. Il ne s'exprime qu'en langue des signes, il sera différent, mis à l'écart, les autres enfants ne le trouveront pas intéressant », craint Laura, elle-même harcelée jusqu'au collège en raison de sa surdité. « Même les professeurs ne faisaient plus d'efforts, ils me plaçaient au fond de la classe et évitaient mes questions. Quand ma mère a décidé de me scolariser dans un collège spécialisé, ma vie a totalement basculé. Je me suis fait mes premiers amis », se remémore-t-elle.
Un avenir incertain et des sacrifices financiers
Depuis leur déménagement à Montpellier, les jeunes parents sont isolés. Laura ne travaille plus depuis la naissance de Liam, et Clément, cuisinier, attend de savoir si son fils pourra être scolarisé en PEJS pour chercher un emploi. Ils espèrent éviter de devoir faire l'école à la maison pendant un an. Si Montpellier ne fonctionne pas, une ultime solution existe à Poitiers, où les enfants sourds sont accueillis en PEJS à n'importe quelle période de l'année, sans limite de places. Mais un nouveau départ serait difficile à accepter : « Notre déménagement ici nous a déjà coûté 3 000 €, ce serait vraiment un gros coup dur pour nous de devoir recommencer », confie Laura.



