Violences du 17 octobre : quatre profils identifiés, la prévention en cause
Violences du 17 octobre : quatre profils, prévention en cause

Alors que la France panse encore les plaies des violences urbaines du 17 octobre, Réda Didi, expert des questions de sécurité, de prévention et des relations police-population auprès de la fondation Jean-Jaurès, livre une analyse détaillée des événements. Pour lui, il est impératif de ne pas laisser s'installer l'idée que les confrontations et la destruction seraient une forme ordinaire d'expression. Il distingue quatre catégories de participants et pointe un déficit de prévention et de vigilance sur les signaux faibles.

Quatre catégories de participants, des manifestants pacifiques aux émeutiers organisés

Réda Didi, qui a participé à la manifestation parisienne de samedi avec sa fille et quelques amis, constate d'abord que la marche s'est bien déroulée, sans accroc. Cependant, dès ce moment, il sentait qu'une vague inverse se dirigeait vers la République, avec un public différent, des profils camouflés ressemblant davantage à des émeutiers. En ressortant à 22 heures, il a emprunté le même trajet, descendant le quai de Valmy jusqu'à République, puis remontant le boulevard Magenta et la gare de l'Est, découvrant des zones complètement dévastées et des commerces encore pillés à cette heure-là.

L'expert distingue quatre catégories de personnes ayant participé à cette journée. La première regroupe ceux qui manifestaient dans les règles, calmement, avec des mots d'ordre crédibles, constituant la grosse marche pacifique. La deuxième catégorie est celle des émeutiers, présents uniquement pour en découdre avec les policiers. La troisième est composée des pilleurs, des délinquants d'opportunité qui ont profité de la situation pour piller des magasins. Enfin, la quatrième catégorie, qu'il qualifie d'« émeutiers plus-plus », concerne des gens très organisés, capables de brûler la mairie de Limoges, ayant préparé leur coup en amont et partageant une vision politique du chaos dans le pays. Ce sont des groupuscules très mobiles.

Un sous-dimensionnement du maintien de l'ordre et des signaux faibles ignorés

Interrogé sur l'opposition nécessaire qui n'a peut-être pas été réunie, Réda Didi estime que le maintien de l'ordre a probablement été sous-dimensionné pour cette journée. Il ajoute que les autorités n'ont peut-être pas été à l'écoute des signaux faibles détectables via les réseaux sociaux, en particulier TikTok et Snapchat. Il rappelle que des discours répressifs avaient déjà été développés après les émeutes de juin 2023 suite à la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier, et après la victoire du PSG en Ligue des champions. Selon lui, la capacité de certains groupuscules à se déplacer, se donner rendez-vous, se mettre en scène sur les réseaux sociaux et à emballer ces émeutes n'a peut-être pas été prise au sérieux, ni assez regardée ou exploitée.

Réda Didi insiste sur la nécessité d'une veille plus pointue, mais aussi sur la prévention. Il déplore que la France n'ait pas assez investi dans ce domaine, même après Nahel et la victoire du PSG, privilégiant un discours répressif. Pour lui, un discours cohérent ne doit pas négliger le répressif et la justice, qui doit passer sur tous les faits établis. Mais il faut aussi investir sur la médiation et le dialogue pour éviter qu'une autre génération n'entre dans ce type de logique. Il cite Churchill : « Vous pensez que l'éducation coûte cher ? Essayez l'ignorance. »

Mettre les victimes au centre du sujet et répondre à leur détresse

L'expert souligne également l'importance de placer les victimes au centre du sujet. Il a été marqué par la détresse d'une partie des manifestants pacifiques, qui avaient des mots d'ordre clairs, et par celle des commerçants, qu'il a vus dépités, en larmes, en deuxième partie de soirée. Il estime qu'il faudra leur répondre en mobilisant éventuellement les moyens de l'État en urgence. Enfin, il rappelle la responsabilité collective envers la jeunesse et les générations futures : « On ne peut pas laisser l'idée que les confrontations et la destruction seraient une forme ordinaire d'expression. »