Le préfet du Var, Simon Babre, a présenté dimanche 18 octobre le bilan du maintien de l’ordre lors des débordements survenus samedi à Toulon, tandis que la maire de la ville, Josée Massi, et le président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, François de Canson, ont annoncé des dispositifs d’aide pour les commerces victimes de dégradations.
La mobilisation du samedi 17 octobre, qui devait s’inscrire dans le prolongement du mouvement des lycéens et porter des revendications « contre la vie chère », s’est soldée par des scènes de violences urbaines. Le rassemblement n’avait pas été déclaré en préfecture. « Ce sont les manifestations que nous redoutons le plus, parce qu’il n’y a pas d’organisateur avec lequel nous pouvons parler en amont, il n’y a pas de service d’ordre identifié, il n’y a pas d’itinéraire prédéposé sur lequel discuter », a débriefé Simon Babre.
Jusqu’à 4 000 personnes dans les rues de Toulon
Selon le préfet, jusqu’à 4 000 personnes ont défilé dans les rues de Toulon selon un parcours erratique qui a pris les autorités par surprise. Les manifestants ont notamment envahi les voies d’autoroute à l’entrée ouest de la ville, bloquée pendant un quart d’heure, avant de rejoindre le centre-ville.
La police, qui avait déployé un drone de surveillance, estime à 150 le nombre de casseurs à l’avant d’un cortège long d’un à deux kilomètres, et à 450 le nombre de suiveurs qui ne se sont pas désolidarisés. « À l’avant du cortège, on voyait des jeunes qui couraient dans tous les sens, qui ne savaient pas où aller, et loin derrière des familles qui suivaient tranquillement en confiance. Et qui se sont retrouvées au milieu de la mêlée », a complété Jérôme Martin, directeur de la police nationale dans le Var.
Des éléments de l’ultragauche repérés
Simon Babre a précisé que des éléments de l’ultragauche avaient été repérés. « On va travailler sur les images mais ce qui est sûr, c’est que des éléments de l’ultragauche, c’est-à-dire des groupuscules qui ont comme idéologie notamment de s’en prendre aux symboles du pouvoir et de l’ordre, ont été repérés un petit peu en amont du rassemblement sur la place d’Armes et ensuite aux avant-postes ou juste en deuxième rideau », a-t-il détaillé.
Le préfet a également indiqué avoir appelé à la dissociation dès 16 heures ou 16 h 30. « On a dû réitérer ces messages trois fois successivement. Et à la tombée de la nuit, la dissociation n’avait pas encore été très nette pour une partie des manifestants », a-t-il rembobiné. « La police ne peut pas avoir la même réponse avec des cortèges composés à la fois de gens qui sont là pour la violence, et d’autres personnes qui ont des revendications pacifistes et qui n’aspirent qu’à manifester démocratiquement », a-t-il expliqué, en renouvelant son appel à la responsabilité.
Bilan : 17 policiers blessés, 8 commerces vandalisés
Selon un bilan dressé par les autorités, dix-sept policiers ont été légèrement blessés, dont deux ont dû cesser leur service. « Ils ont pris des mortiers, des fumigènes, des barrières, des pavés, etc. », a résumé Jérôme Martin, saluant « l’exemplarité et le sang-froid » des 96 fonctionnaires mobilisés et des 45 gendarmes varois en renfort. « Il n’y a pas eu un blessé chez les manifestants. »
« On a tiré 350 grenades, ce qui est énorme pour Toulon. La plupart ce sont des “lacrymos” mais il y a eu quelques grenades de dispersion parce qu’il y a des moments où les forces de police étaient complètement entourées et ont vraiment craint pour leur sécurité », a ajouté le préfet. Au moins huit commerces ont été ciblés par des casseurs et/ou des pilleurs dans le centre-ville et dans le quartier de La Rode, notamment une agence bancaire, une pharmacie, un magasin de chaussures de sport, une station-service et un supermarché de quartier.
La Ville et la Région mobilisées pour les commerçants
« La Ville va se tenir aux côtés des commerçants victimes de ces débordements », a assuré la maire Josée Massi. « On fera passer les délibérations au conseil municipal de novembre pour proposer une aide exceptionnelle aux associations de commerçants. »
François de Canson, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a annoncé plusieurs mesures : « On va immédiatement recenser les dommages, on va demander la simplification des démarches, on va permettre des avances de trésorerie, on va solliciter les garanties bancaires, on va solliciter des accélérations d’indemnisation et on va essayer d’accompagner les entreprises qui sont menacées de fermeture », alors que Marseille et Nice ont aussi connu des saccages. « On va réactiver notre fonds de solidarité dédié aux commerces pillés et on va appeler l’ensemble des collectivités volontaires à venir nous rejoindre dans ce dispositif », a-t-il conclu.